Il est midi à Geneseo, depuis ce matin nous rangeons les sacs, rangeons la chambre et la salle de bain, rangeons la cuisine et le frigo, rangeons le programme... Enfin soit, l'ordre occupe nos pensées matinales ! Nous allons quitter la belle maison de Jim. Nous nous sommes levés à 8 heures pour pouvoir déjeuner une dernière fois avec notre super hôte avant qu'il ne parte au boulot, les au revoir ce n'est jamais facile. Peut-être viendra-t-il nous voir à Montréal ? Il y a quelques années, il a bien rejoint, au Népal, un ami du hasard, échangeant la promesse de son travail inconditionnel contre les "miles" de son patron "le big boss tout là haut qu'on connait pas" !

Nous avons bon espoir !

Tout est dans la voiture, au revoir Geneseo, on file. Et, il faut l'avouer, nous quittons la ville sans l'avoir visitée à sa juste valeur !

C'est la région des Fingers lakes que nous allons traverser de bout en bout, mais pas sans un dernier arrêt le long du Canandaigua à Canandaigua... La maison les pieds dans l'eau et sous le soleil de novembre, la vie a l'air plutôt sympathique !

Une petite promenade et nous voilà repartis. Il ne faut plus traîner puisque nous voulons visiter la ville d'Ithaca dont on nous a tellement parlé (en gros une ville de hippies ?...en tout cas universitaire !) et un parc que Jim nous a conseillé.

C'est finalement à la tombée du jour, après de jolis moments sur les routes ensoleillées (et chez Wegmans), que nous arrivons à Taughannock, le parc naturel à quelques miles d'Ithaca. La promenade vers la chute principale ne dépassant pas le mile, nous décidons de l'entreprendre avec les derniers rayons. Quelques pas suffisent pour arriver à la première petite cascade. Le coin est enchanteur et je pense être déjà arrivée au point essentiel de la balade. L'automne, l'eau, le soleil couchant...

Un pêcheur affronte la rumeur de l'eau pour attraper des poissons non identifiés. Nous ne nous en étonnons plus depuis l'excursion à Rochester où nous avons admiré les pêcheurs se regrouper sous la grande chute avec leur ligne. Nous continuons notre ballade, admirant les paysages, lisant les panneaux explicatifs.

Je laisse Paul vous expliquer tout ça...

Les liens dans le texte suivant ont un effet sur le schéma ci-contre : n'hésitez pas à les survoler ou à les cliquer ! À cliquer :


À survoler :

Sur ces panneaux, nous apprenons l'histoire géologique de l'endroit. Le lac Cayuga, comme les autres Finger Lakes, a été creusé par un glacier lors de la dernière glaciation. Une fois ces glaciers fondus, ils ont été remplacés par des lacs.

Initialement, le ruisseau Taughannock chutait directement dans le lac. Il a facilement érodé la première couche, en siltite, mais est retenu par la seconde couche, plus solide, en grès.
Cependant, la chute érode plus facilement la troisième couche, en schiste, affaiblissant peu à peu celle en grès qui finit par céder par blocs. Au cours des milliers d'années, la chute a donc fini par reculer d'environ un mile, formant un canyon dans les trois couches géologiques au fond duquel le ruisseau coule sur la roche calcaire !

En survolant ces quatre photographies (ou en appuyant dessus sur un téléphone), vous pouvez mettre en valeur les trois couches en question. La couche de siltite apparaît en rouge, celle de grès en jaune, et le schiste en vert (les limites ne sont probablement exactes ; toutes mes excuses aux géologues et aux géographes qui pourraient se sentir blessés !).

Les nombreux trous dans le calcaire du fond du canyon sont causés par l'acidité de la pluie ! Le chemin suit le cours du ruisseau, et est parsemé de panneaux explicatifs très instructifs.

Les panneaux nous apprennent aussi que du sel, utilisé sur les routes de la région pendant l'hiver, est extrait d'une mine située sous le lac Cayuga, et que la chute de Taughannock est plus haute que celles du Niagara de 33 pieds (10 mètres).

On en apprend des choses avec les panneaux explicatifs, hein ! Merci Paul !

Mais la nuit approche, il faut trouver un endroit où dresser le campement (c'est-à-dire trouver un parking à l’abri des regards intrusifs et où la température peut potentiellement ne pas descendre en dessous de 0, que dis-je, 32 !)

Juste en face du petit parking où la voiture nous attend, la côte du lac Cayuga nous invite avec ses beaux parcs, sa jolie vue et son petit port de plaisance. L'endroit nous semble idéal pour bivouaquer, nous pouvons vaquer à d'autres occupations maintenant que le problème du coucher est réglé.

Ceux qui nous connaissent bien sauront que lorsqu'il faut penser aux activités, de survie ou non, notre estomac se rappelle souvent à nos souvenirs ! Nous décidons donc de nous diriger vers Trumansburg où Jim (notre cher Jim, encore et toujours, notre guide préféré), nous a conseillé un petit café.

Il fait noir, nous manquons l'embranchement, longeons le lac plus que prévu, nous retrouvons presqu'à Ithaca, puis finalement, le GPS aidant, nous nous retrouvons sur la bonne route, pleine de cerfs cachés dans les fourrés. Arrivé dans le petit village de Trumansburg, au lieu du café escompté, le GPS nous dirige vers un grand parking tout noir. Tout est silencieux, et vide, enfin sombre ! Nous ne voyons pas que juste derrière nous se trouve l’hôtel de ville.

Sentant mon ventre, et (donc) de mauvaise humeur, je critique le GPS, le parking, Trumansburg (qui n'avait rien fait à personne il faut le dire !) et finis par me résoudre au fait que ma mauvaise volonté vient de cette impression bizarre de n'être nulle part ! La lune est blanche, et ronde, et belle...mais ne fait penser qu'aux loups garous ! Trumansburg pourrait m'évoquer un homme de confiance, mais ne résonne à mon oreille que comme un grand et vaste TROU !

Puisque le GPS a failli, nous sortons nos smartphone et là, à notre grand étonnement (et soulagement), un wifi inespéré et ouvert apparait dans la liste des réseaux ! C'est à ce moment que nous nous rendons compte que nous sommes derrière l’hôtel de ville...

Le café de Jim est fermé mais nous voyons qu'à deux rues de notre fatal parking, une rue commerçante et vivante nous propose diverses options. Nous jetons notre dévolu sur "Little Venice", un bar qui n'a pas grand chose d'italien mais semble très confortable. À l'intérieur, de grands américains comme seule l'Amérique peut en faire sirotent une bière. Chemises à carreaux et pectoraux carrés sont de la partie ! Nous parquons la voiture devant la porte du bar.

Nous nous attablons, une serveuse bien sympathique vient prendre notre commande et nous parle de son frère qui vit à Paris ! Musique, chaleur, bière et ailes de poulet complètent notre bonheur.

Je décide l'extravagance et choisis dans le menu des "arancini" maison, grosses boulettes de riz fourrées à la viande ou à la mozzarella qui ne m'avaient jamais fait forte impression en Sicile, mais leur coté artisanal et frit dans l'huile me convainc par ce grand froid !

Révélation : les meilleurs arancini que j'ai jamais mangés ! Voilà qui rattrape le restaurant italien (enfin soi-disant) dans lequel nous avons emmené Jim le soir précédent !

Revigorés par ces mets terrestres, nous observons les grands écrans de télévision qui trônent sur tous les murs. Ce soir c'est football américain pour les garçons et Top chef pour les filles. Comme il y a plusieurs chaînes, il n'y a pas de son, mais apparemment les images suffisent. Nous choisissons donc le programme culinaire : c'est spécial Haloween...

Après pas mal de gâteaux et autres sucreries en forme de mort vivant ou de globe oculaire, après de nombreuses pages de publicité et des récapitulatifs de 10 minutes des 5 minutes qui ont précédé la page de réclame, nous baillons ferme et décidons d'aller rejoindre les bras de Morphée, notre lit, enfin le fauteuil avant de la voiture ! Mais c'est un vent glacial qui nous attend dehors et l'option sac de couchage devant le lac ne nous semble plus si confortable que cela ! (pour ma part, repensant à notre tour de repérage un peu plus tôt sur le parking du lac, le souvenir d'un américain promenant son molosse par la laisse à travers la fenêtre de son énorme 4X4 ajoute à la température attendue l'envie de trouver un autre point de logement.)

Nous décidons donc de redescendre vers la ville d'Ithaca et de trouver une petite place dans un quartier résidentiel, moins froid et moins sauvage. La ville est grande, les quartiers peu engageants en cette nuit froide et noire, mais nous nous parquons finalement devant une maison bleue qui semble abandonnée. Comme d'habitude, pendant 10 minutes, j'étudie chaque fait et geste des quelques passants, mais au bout de 5 chiens, 4 bicyclettes, deux vieux et trois étudiants, je me laisse sombrer dans un repos profond et réparateur, tandis que Paul se réjouit de ses lectures pratchettiennes. Lundi c'est fini.

Rochester Ithaca