Mardi matin, 6h30, l'air est humide et froid, quelqu'un gigote près de moi. C'est Paul qui n'a pas si bien dormi que ça !
La maison bleue est toujours là, il n'y a ni cycliste ni chien à cette heure, la rue est vide pour ce que l'on en voit à travers l'épaisse couche de buée qui couvre nos vitres. Nous décidons d'allumer le moteur et de faire un petit tour histoire de se réchauffer et d'assécher l'air de la voiture.
Puisqu'Ithaca dort encore, nous décidons de retourner déjeuner devant le lac, sur le parking repéré la nuit précédente. Il fait toujours un froid de canard mais nous voudrions retourner voir les chutes éclairées d'un peu plus de lumière.
Arrivés au parc du Taughannock, le soleil n'est pas de la partie, nous écoutons donc la Bandabardo qui sait toujours réchauffer les coeurs de sa musique festive. Nous sortons les muffins aux myrtilles, les jus de pomme qui goûtent l'amande, les bananes qui goûtent la banane et nous nous préparons à un agréable déjeuner face au lac de Cayuga.
Comme prévu nous retournons près des 66 mètres de chute d'eau admirer ce paysage incroyable et ces strates géologiques avec la lumière du matin. Malheureusement, pas de soleil à l'horizon qui aurait embrasé les arbres et les roches. C'est quand même joli !
Nous nous concentrons, relisons les panneaux et essayons de mémoriser toutes ces infos pour vous les retranscrire. À un moment, je prends juste une photo, c'est encore la mémoire à qui je fais le plus confiance !
Il est 10 heures, c'est une heure raisonnable pour retourner vers la ville d'Ithaca et découvrir ce qu'elle a d'agréable à proposer. Tant de gens nous en ont parlé avec de la bienveillance dans le regard ! Nous parquons la voiture dans les rues qui nous ont servi de chambre à coucher et commençons à déambuler dans le piétonnier.
De jolies petites boutiques se succèdent : des géodes d'un mètre de haut et autres minéraux fantastiques, de jolis papiers japonais pour l'origami, une librairie à la devanture choisie, des bijoux d'orfèvrerie, des écharpes artisanales... Oui, nous sommes dans une ville de hippies ! Ou d'étudiants ? Ou est-ce la même chose avec seulement quelques années de différence ?
On voit des gens se promener avec des légumes dans des papiers, on voit des sacs à dos bien lestés sur les épaules d'explorateurs du monde mental, il y a même des passants qui n'ont l'air que de passer. Tout ça, ça nous change de nos premières impressions des villes américaines ! N'oublions pas de plus que nous sommes dans un piétonnier... On entendrait presque un air de Yann Tiersen voguer dans l'air du matin.
Finalement, nous passons devant une devanture qui propose gaufres belges au sirop d'érable et chocolat chaud maison. Par la fenêtre nous devinons un intérieur un peu bric-broc et pas mal de bois. Le choix est posé.
Il y a même un feu ouvert. Le paradis ! Le chocolat est parfait, à peine trop sucré. Les gaufres n'ont rien de belge mais c'est un régal et on sent qu'une mamie est passée par là pour préparer cette pâte. La mamie n'est pas loin, elle est à la caisse. On va commander soi-même et puis on passe chez elle pour payer ! Un impair tout européen nous fait oublier le pourboire à la caisse (on est nos propres serveurs, on nettoie même la table nous-mêmes !). Quand nous essayons de réparer l'erreur et de poser ces quatre pauvres dollars quelque part, les foudres s’abattent sur nous : on n'a pas mis les tasses au bon endroit ! Nous disparaissons donc sur la pointe des pieds et le nez sur les souliers.
Il ne sera malheureusement pas possible de retourner dans ce lieu enchanteur, mais à vrai dire... retournerons nous un jour à Ithaca ? C'est une ville de bobos aux USA, c'est bien agréable, mais nous en avons plein chez nous et il n'y a pas d’incompréhension culturelle ! Quant à l'Ithaque européenne... je n'attendrai pas 20 ans avant de retourner la contempler, enfin j'espère...
Qu'importe, nous avons passé un délicieux moment dans cet endroit charmant. En relisant le guide, j'ai vu qu'il s'agissait en fait d'un bar tenu par une communauté/secte au culte inconnu. Pas trop le sens commercial, mais des gaufres...
Nous reprenons notre route, il est tard ! Nous devons encore rouler jusqu'aux Adirondacks. Ce soir on dort dans les montagnes !
D'abord une heure d'impressionnants paysages sous le soleil, ensuite un arrêt détestable dans la ville d'Utica à chercher du wifi et une pompe à essence à défaut d'un endroit intéressant à visiter, finalement deux heures de route dans les montagnes à la recherche d'une place sympathique où poser notre carriole !
La nuit est tombée, nous traversons maintenant de petites routes de campagne. De temps en temps, une surprise nous attend au détour d'un tournant...
Haloween ho Haloween... Devant tant d'efforts et de travail nous ne pouvons que nous arrêter et prendre quelques photos avant de reprendre notre route !
Dans le noir la vue est splendide, mais sombre ! Blue montain lake n'est que le dernier des nombreux lacs que nous dépassons. Leur nom n'est pas très poétique, ce n'est qu'un numéro, mais dans la nuit ils n'en perdent rien de leur mystère... Dommage qu'on ne puisse mieux les observer.
"La nuit est limpide et l'étang est sans ride dans le ciel splendide luit le croissant d'or. Orme, chêne ou tremble nul arbre ne tremble ; au loin le bois semble un géant qui dort."
Tout est tellement calme, le village est... mort ! Nous traversons la route principale qui ne propose pas de coin répondant à nos critères de bivouac, nous continuons en direction d'une petite pointe sur le lac qui semble l'endroit parfait mais ne trouvons jamais l'embranchement pour nous y rendre. Nous nous retrouvons alors sur une petite, très petite route de campagne qui s'enfonce le long du lac tout en gravissant la montage qui le borde. Il n'y a que des grands sapins noirs et les entrées de demeures gigantesques et désertes. Finalement, Paul s'arrête le long de la route sur un tout petit emplacement permettant de croiser une autre voiture. Nous sommes en face de l'entrée de madame Dolls annonce un petit écriteau en bois. J'ai l'impression d'être en plein milieu d'une des plus effrayantes nouvelles de Roal Dahl. Cela n'a rien pour me réjouir et je suis, avouons-le, insupportable ! La lune est incroyablement ronde et pleine et belle, mais les grands conifères qui couvrent la montagne la cachent.
Après avoir demandé à Paul de faire dix manœuvres pour placer ma portière exactement comme je l'entends le long du talus, je guette pendant dix minutes un éventuel mouvement : rien ! J'enfonce alors ma tête dans mon si chaud et merveilleux sac de couchage et m'en remets au destin jusqu'au lendemain matin !