Vendredi soir, le week-end commence. Mais pas n'importe quel week-end : le « Paul's 30th birthday, part 2 ». Oui, nous sommes en mars, et ça fait déjà presque 3 mois que Paul teste sa nouvelle décade, mais il n'est jamais trop tard pour continuer à fêter les grandes occasions !

Pour les 30 ans de Paul au Canada, nous allons retourner voir les Cowboys Fringants, mais dans leurs terres d'origine ! J'ai réservé les places et un Airbnb, ça y est, on va pouvoir déballer le cadeau à Saint-Jean-sur-Richelieu, une petite ville à quelques kilomètres de Montréal !

Du coup, en ce vendredi soir, on prépare nos affaires et on vérifie que les horaires de bus sont toujours d'actualité. Sauf que « surprise ! », les infos que j'avais prises sur internet n'ont pas mentionné le fait que même en ayant demandé les horaires un jour de week-end, Google Maps avait préféré me donner les horaires de semaine, pour la bonne et simple raison qu'il n'y a pas de bus entre Chambly et Saint Jean sur Richelieu le week-end !

Les transports en commun, espérons qu'ils le restent, sont VRAIMENT un sacré avantage de la Belgique !

Nous avons donc réservé une voiture sur internet vendredi soir vers 23h00 pour le lendemain matin, et grâce à la chance que nous n'avons pas eue avec les bus, nous avons pu réserver la dernière petite voiture du loueur !

Du sommeil du juste, nous nous sommes écroulés jusqu'au samedi matin ! Un petit déjeuner, nos sacs et le métro pour aller chercher la voiture ! Elle était là, elle était prête, et si ce n'est un vendeur de très mauvaise humeur qui avait très envie d'agresser quelqu'un (et pas de bol ce fut nous), tout s'est bien passé !

Depuis trois mois nous n'avions plus de voiture ; quel incroyable sentiment de délivrance de se retrouver ENFIN libres de ses mouvements ! C'est qu'ici, trains, bus et autocars ne sont pas au top ! C'est toujours une expérience riche en émotion de vouloir se rendre dans la ville d'à côté ! Mais nous voilà, sur les routes, à nouveau, libres !

Nous avons traversé le Saint-Laurent, roulé sur des routes que le gel ne laisse pas dans un état merveilleux, avons « admiré » la nature environnant Montréal (câbles électriques et usines) et nous sommes enfin retrouvé dans un cadre un peu plus charmant : de grandes plaines et deux-trois crottes de colline au milieu de nulle part !

Nous sortons de l'autoroute et arrivons à Saint-Jean. Le GPS nous amène droit à notre studio Airbnb, et après avoir parqué la voiture dans la neige, nous entrons dans notre petit chez nous du week end. Notre hôtesse, Louise, a tout prévu, des pantoufles dans l'entrée à la citronnade maison dans le frigo, du faux poêle décoratif allumé aux petits chocolats d'arrivée ! Nous sommes vraiment comme des coqs en pâte !

Dans le loft, nous trouvons une carte de la ville avec un itinéraire de balade guidée. Paul télécharge le guide audio de l'office du tourisme et nous sommes prêts !

On enfile les chaussures et c'est parti pour la vieille ville. Enfin, vieille… tout est relatif ! Nous traversons le Richelieu, ce qui nous prend déjà un sacré bout de temps ; non pas que le Richelieu soit aussi large que le Saint-Laurent, mais que les grandes plaques de glace qui couvrent le fleuve et brillent dans le soleil nous retiennent !

Le Richelieu, que Samuel de Champlain remonta en 1609, prend sa source dans le lac qui porte toujours son nom !

Nos estomacs se rappellent à nous et on abandonne ce spectacle enchanteur pour aller déguster quelques bières artisanales du coin, et le traditionnel porc effiloché ! Une vitrine avec de grandes cuves à bière avait attiré notre attention au début de la visite. Nous avions retenu le nom : LAGABIÈRE.

Le bar est vraiment super, une grande pièce confortable avec une vue sur le Richelieu ! Parfait !

Les frites de patate douce et leur petite sauce au raifort valent le détour… Paul, qui a pris « Une bière pour ma femme, » déguste une IPA noire vraiment intéressante aux arômes de fleur prononcés ; quant à moi, je déguste une IPA aux trois houblons. C'est simple. Sur le menu ce sont : des bières, des bières, des bières, et quelques bouteilles de vin sous le titre : « Pour ceux qui n'aiment pas encore la bière… »

Après le réconfort, l'effort ! Nous partons dans Saint-Jean, l'après-midi devant nous, pour découvrir la ville avant de profiter du concert des Cowboys le soir !

Nous commençons par découvrir la gare de terminus du premier chemin de fer du Canada, celle qui a accueilli le premier train, et que Papineau et même Dickens sont venus découvrir avec impression en 1836 ! Un bâtiment qui n'a rien de bien passionnant : il faut les explications et l'imagination pour sentir ce qui s'est passé ici !

Il y a aussi le fort Saint-Jean, fondé en 1666 par un régiment de Louis XIV chargé de faire face aux Iroquois, qui opposaient quelque résistance aux colons français. Pas gentil ça… C'est autour de ce fort, alors en bois, que s'est construite la ville. Dès la fin du XIXe, le fort servit d'école de formation à plusieurs régiments, dont le Royal 22e Régiment. Juste après la Première Guerre mondiale, celui-ci est devenu le premier régiment officiellement francophone du Canada !

Et puis, évidement, il y a la rivière Richelieu, gelée à la perfection !

Il y a aussi la ballade le long du fameux canal du Chambly. Le ciel est bleu, le soleil brille. C'est un délice de se ballader entre canal et fleuve. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls à le faire !

Enfin nous trouvons ce que nous cherchions à Montréal le long du saint Laurent : de jolies berges, une vue apaisante…

Nous arrivons aux « rapides » du fleuve puis décidons de rebrousser chemin pour continuer la visite de la ville !

Mais pas sans un petit arrêt d'abord au Manneken pis ! Nous ne pouvons pas faire d'infidélité patriotique ! Les belges sont là, shalalal lala.. enfin..

La maison Mc Ginnis, une des seules demeures en pierre Soit ! les gaufres sont bonnes, les chocolats chauds délicieux ! Nous sommes prêts pour visiter le palais de justice, le petit parc, les maison d'époque… et finalement nous retrouver devant la place du marché, l'abreuvoir des cheveaux, la maison de la grand-mère d'un collègue de Paul…

La maison Mc Ginnis m'enchante et me séduit immédiatement. En plein cœur de la ville, cette magnifique demeure, notables révolus, tombe en morceau sur le trottoir. Je rêve un instant de travaux et de restauration, comme dans les rues de Palerme, et puis… Et puis Palerme rappelle à mon souvenir que je n'ai aucunement l'intention de ne pas retourner sur mon vieux continent !

Le temps file, et avant d'aller profiter du concert, nous décidons de repasser au loft, le temps de se réchauffer, prendre l'apéro et repartir d'un bon pied… avec la voiture ! Nous retraversons donc le Richelieu dans l'autre sens, sous une autre lumière, et de nouveau nous sommes éblouis !

Le concert est exceptionnel, comme toujours ! l'énergie des cowboys est au rendez-vous, trois heures de chants, danse, bonne humeur et surprise dans une salle vraiment agréable et originale ! « Le cabaret théatre » Saint-Jean ne porte pas son nom pour rien : il y a à l'étage un aménagement de la salle très spécifique où rangs de chaises alternent avec longs comptoirs !

Le cœur plein de musique, nous rentrons éreintés au loft, mais heureux de notre journée !

Le lendemain c'est le petit déj, la rencontre avec notre hôte et puis le départ vers le mont Saint-Grégoire, une petite butte de 125 000 ans, du magma remonté là par hasard et qui a offert pendant un siècle son granit aux habitants, jusqu'à ce qu'on comprenne que ça vaudrait peut etre la peine de protéger cet espace minuscule, mais si riche de biodiversité, plutôt que de la transformer en carrière stérile !

Première étape, nous nous sommes déjà trompés de chemin une fois et avons utilisé le « raccourci » pour allonger notre parcours. Soit, nous arrivons aux restes de la carrière et aux panneaux explicatifs : la pierre de la montagne est vraiment formidable car elle ne contient pas de quartz et permet de beaux effets de contraste entre les parties polies ou non. On en fera… des pierres tombales et des trottoirs. Personnellement, j'aimerais autant que ma future pierre fasse toujours partie de la montagne lorsqu'on lui attribuera mes restes… ou même, quelques pâquerettes feront l'affaire !

Les vieux moteurs intriguent Paul. Est-ce des pistons ? Un câble ? Hooo… un casse-tête géant !

Paul lit les panneaux et moi je joue sur les petits ponts de bois. La vue est imprenable de là haut.

Mais la colline est pleine de surprises et au détour du chemin, définitivement sur l'ubac, nous découvrons un monde de glace caché sous les arbres. C'est le pays de la Reine des Neiges qui s'étale devant nous.

Évidement, comme tout royaume caché qui se respecte, sa visite se mérite. Il faut déjouer les tours de la glace avec l'astuce d'Indiana Jones pour ne pas se retrouver à admirer ce spectacle sur son postérieur.

Les crampons nous manquent, nous aurions dû écouter les conseils à l'accueil. Mais comme la dame voulait nous déconseiller cette partie de la colline et nous faire tourner 4 fois sur le même chemin, nous avons, d'un bloc, rejeté ses conseils de parcours ET de location de crampons.

Finalement, pas de regret, la glace est si lisse et si épaisse que nous n'aurions peut-être même pas pu enfoncer les crochets d'acier !

On fait beaucoup de photos, beaucoup de pauses admiratives et quelques entorses au chemin habituel qui n'est plus qu'une grande patinoire verticale, tant et si bien que nous finissons par nous retrouver carrément en dehors de la piste ! Quelques pas plus loin, un jeune homme derrière une corde nous demande nos passes avec un regard réprobateur et semble bien étonné de voir que nous avons effectivement payé notre entrée. « Mais d'où venez-vous ? » nous demande-t-il. « Du monde des fées glacées… »

Finalement, le sommet, et cette vue imprenable sur les monts de la Montérégie, le lac Champlain, le Camel's Hump (que nous avons gravi un peu plus tôt dans le périple) et les Adirondacks. Une place de choix pour admirer tout ce relief, fruit de l'histoire tumultueuse de la Terre. Des panneaux esthétiques, clairs et amusants nous racontent tout cela !

Enfin, c'est dans la descente que nous allons vivre le plus de sueurs froides. Le chemin que l'hôtesse nous proposait de prendre au début de la balade s'est avéré finalement bien plus glissant et abrupt que notre périgrination à l'ombre. Ici, le soleil fait fondre et la nuit regèle… de quoi nous faire allonger la jambe et étirer les tendons !

Le soleil, toujours, la neige, la glace. Nous glissons à travers les chemins et tout est MAGNIFIQUE.

Le soir, nous changeons de colline et retournons près du Saint Hilaire. Là, des thermes nous offrent des bains chaud avec vue sur la colline et le soleil couchant. Après l'après-midi à randonner dans le froid, le sauna et le hamam sont plus que bienvenus. Il y a même une yourte de repos avec un feu ouvert où nous faisons une sieste. Superbe ! Sans arriver à surpasser nos habitudes bruxelloises à Boetfort, ce spa est tout à fait apte à rentrer dans notre top 10 !

Ça y est, le week-end est fini, et c'était vraiment agréable de s'échapper de Montréal et de se sentir de nouveau « en aventure ». On se réjouit tant de reprendre la route !! À nous le Québec, à nous le Canada, à nous la camionnette !

Laurier Jean Drapeau