Oui, dans cet épisode il y aura de la neige…

Oui, dans cet épisode il y aura une vue incroyable…

Oui !

À vrai dire, c'est Paul qui m'a réveillée. Il s'apprêtait à bouger la voiture pour mettre un peu de chauffage. Nous n'étions plus seuls sur le parking : un quatre-quatre bleu trônait en plein milieu des places vides. De notre côté, nous nous étions humblement placés tout au fond du parking, en ligne droite face à l'entrée (à ma demande expresse) afin de pouvoir partir très rapidement en cas d'attaque de grizzlis ovnis…

Paul allume donc le moteur, met la voiture en marche, fait trois petits tours et puis… se parque à côté de l'énorme véhicule bleu. Mais quand je dis à côté, c'est qu'il n'y avait même plus la place d'ouvrir la portière passager…

Sur un parking vide, j'évoquais l'idée que tant de proximité semblait un peu étrange… Après quelques réflexions maussades chacun de notre côté (il était quand même vachement trop tôt pour être éveillés et se poser des questions d'angle de parking), la voiture se retrouve à l'opposé du quatre quatre. Je me rendors, après quelques bisous de réconciliation pour effacer nos airs renfrognés !

Je suis réveillée, de nouveau, par Paul ! Il n'est plus dans la voiture, il discute avec un gars en cycliste de sportif (oui, parce qu'il y a deux types de gars qui portent des cyclistes, c'est comme pour les joggings : il y a les gars qui sont sportifs et qui voient l'aspect pratique, et puis les gars qui trouvent ça seyant à porter, d'où le cycliste esthétique). Le gars sportif au cycliste, c'est le propriétaire du fameux quatre-quatre. Il est venu, en toute simplicité, courir jusqu'en haut du Camel's Hump avant d'aller au boulot. Courir… en haut !! Personne peu digne de confiance à mon avis… Gros écriteau SE MÉFIER sur son front… Aussi quand il explique à Paul que dormir sur ce parking n'est pas une bonne idée car de mauvais garçons viennent souvent casser les vitres des voitures et voler ce qu'il y a à l'intérieur, je ne fais pas un infarctus à postériori, je me dis juste qu'un gars qui va courir là en haut et redescend aussitôt a certainement une notion très différente de moi du « souvent. » Évidemment, l'histoire ne m'enchante pas mais enfin, avec cet esprit de contradiction qui m'est tout personnel, le fait qu'une autre personne évoque mes peurs irraisonnées me les rend risibles !

sur le chemin Malgré les divergences de valeurs (ha, le sport…), le gars est quand même sympa et Paul discute pas mal avec lui. Nous apprenons donc dans la foulée qu'il y a de la neige sur les hauteurs et qu'il fait assez froid ! Pendant que les hommes bavardent, moi je prépare le petit déjeuner dans notre voiture toute embuée et attend que Paul reviennent en préparant les bananes, muffins, petits jus…

Le sportif finit par reprendre son véhicule : il doit commencer sa journée…

Après notre petit-déj', nous suivons quand même son conseil de bouger la voiture du parking 1 au parking 2, là où on trouve moins de verre brisé…

Nous nous mettons en route. Contrairement à la balade sur Blue Mountain, la forêt est magique et le décor magnifique dès le début. De jolies vues, des rochers impressionnants, une végétation amusante, des chemins diversifiés et bien indiqués. Une pure randonnée comme on les aime.

Après deux heures d'ascension, nous faisons une première pause le temps de manger un biscuit et de regarder la vue. Nous avons rattrapés deux jeunes randonneurs partis un peu avant nous, eux sont en T-shirt, nous en nage ! Le vent nous sèche, nous laissons les deux copains reprendre un peu d'avance, et repartons.

Nous nous enfonçons dans la forêt. Sur le sol la neige est là ! Il ne fait toujours pas vraiment froid mais sur les tapis de mousse verte brillent des étoiles blanches. Un petit torrent ricoche sur les pierres, joue avec ses stalagmites et chantonne dans la forêt endormie. On se croirait en plein conte des frères Grimm. Je prends des photos à la pelle, aucune ne rend cette ambiance magique. Les souvenirs restent…

Plus nous montons, plus la couverture neigeuse s'épaissit. Dépassée une certaine altitude, la végétation change, ne nous protège plus du vent glacial et là commence le calvaire… Nous croisons des élèves de 15-16 ans dans tous les coins. Au moment de nous diriger vers le chemin des sommets, nous sommes envahis. Ils sont partout, en jean, en short, en chaussure de marche ou basket Adidas. Ils offrent également un panel assez large de poids et circonférence, c'est étonnant de voir petits et gros se hisser sur les rochers avec agilité. La jeunesse, vraiment… La neige est froide, leur legging mouillé, et je me demande où sont les professeurs de ces cocos qui me font pitié…

Il me font pitié… mais seulement parce qu'on a pas encore atteint les sommets. Quelques rochers plus loin, je commence à comprendre que l'histoire se corse sérieusement. Nous continuons à croiser jeunes et moins jeunes (mais que font-ils tous là, un jour de semaine et plutôt de bon matin ?) sur un chemin où il est à peine possible de se croiser. La glace et la neige rendent le sol carrément casse-gueule et le froid commence à nous transpercer littéralement. De plus, à force de croiser tout ce monde, on en apprend de plus en plus long sur les conditions atmosphériques de merde qui nous attendent… On croise un gars en short et sans gants qui boite et se tient le genou. Je me dis : « Voilà donc un prof ? » Non, c'est juste un gars paumé qui regrette amèrement de ne pas s'être mieux équipé… Nous continuons notre route. Chaque rocher grimpé me fait penser qu'il faudra que je le redescende un peu plus tard. L'idée ne me met pas particulièrement de bonne humeur. Et qu'est-ce qu'il pèle ! On a nos pulls, nos vestes de rando, nos gants… mais la température a vraiment descendu d'un cran. J'imagine l'hiver qui nous attend à Montréal sous un angle morose tout en glissant sur le chemin…

D'idée morose en idée négative nous arrivons à la dernière partie de la randonnée : le sommet en lui-même. C'est horrible ! Les conditions sont vraiment affreuses et un brouillard épais comme une soupe aux brocolis mal passée nous cachera la magnifique vue que nous étions venus chercher. Paul me propose généreusement de faire demi-tour, je m'apprête à accepter avec reconnaissance quand nous croisons trois collégiens retardataires qui, grelottant, nous lancent joyeusement un : « Vous y êtes presque ! » Il reste 300 mètres. Ma mauvaise foi capitule, nous continuons vers le sommet. C'est froid, verglacé et franchement impraticable. Même dans de bonnes conditions il vaut mieux regarder où on met les pieds ! Finalement on arrive. Et puis voià, c'est gris ! c'est froid ! On ne voit rien !

Survivre Paul et son humour propose que nous fassions une pause pic-nique. Je ne relève même pas et entame la descente. Je suis bien obligée d'attendre qu'il fasse son plein de vent glacé, un énorme rocher me barre la route ! Nous descendons ! Paul est d'une patience a tout épreuve et me laisse tâter dix fois du pied avant de passer le moindre rochers. Il m'indique les endroits moins glissants (…) et je descends lentement, dans l'impossibilité de m'arrêter (pour le plaisir de pouvoir me plaindre et me complaire dans mon malheur), je finirais gelée !

Un vieux monsieur et deux dames assez âgées nous dépassent alors, ainsi qu'un gars et son chien et deux copines. À part une d'elles qui glisse allègrement et me donne l'impression qu'elle va valser par delà le décor, ils avancent tous d'un pas sûr (ce qui me semble improbable mais je les crois optimistes) et rapide (enfin, par rapport à ma vitesse de descente). Je me sens alors un peu honteuse et finis par avancer loin de toute sagesse préventive, sans savoir si mon pied glissera ou non, mais en pariant que je ne me casserai pas de jambe, au pire une foulure et des paumes arrachées… Je m'accroche aux troncs qui traînent, j'utilise la technique fessier pour les passages vraiment épiques et améliore ma descente d'au moins quelques secondes par mile… s Tant de bonne volonté se montre récompensée… les nuages se dissipent ! Nous ne sommes plus au sommet, il n'y aura pas de vue à 360 degrés pour nous, mais nous pouvons au moins admirer les 140 degrés à notre dispositions. C'est ÉPOUSTOUFLANT ! Carolyn et Andy n'avaient pas menti, un cadre splendide, immense… une vue pour un nouvel épisode du seigneur des anneaux !

Je sors mon appareil photo, prends quelques clichés, mais le froid est tellement tenace que mes doigts se crispent sur l'appareil et qu'il me semble que je ne pourrai plus les bouger ! Paul, après hésitation, tente sa chance également mais abandonne après deux clichés ! Nous croisons alors, ou plutôt eux nous croisent, enfin, deux professeurs du troupeau d'élèves que nous avons passé précédemment. La jeune prof a des espèces de chaînes sur ses chaussures de marche, ça a l'air de fonctionner du tonnerre et elle marche d'un pas assuré sur la glace des rochers. Son collègue n'a pas cet équipement de fou mais suit sa rapidité en utilisant ma technique du derrière. Nous sommes heureux de les rencontrer car dans leur grande générosité, eux qui nous suivaient et ont donc pu admirer la vue du sommet, ils nous assurent que nous profitons de la plus jolie moitié du paysage, qu'à 360 degrés c'est comme ce que nous voyons, mais tout autour de nous… Merci…

« À voir tant de gens qui dorment et s'endorment à la nuit, je finirai c'est fatal par pouvoir m'endormir aussi », non, ça c'est Barbara, mais suivant le même principe, à voir tant de gens qui descendent cette fichue montagne glacée sans mourir (le terme exact serait tomber mais dans mon cerveau, à ce moment-là, les deux termes s'équivalent), je finis c'est fatal (non) par la descendre aussi. Après deux heures à dégringoler quelques mètres, nous nous retrouvons enfin dans la forêt et, heureuse, je me mets à courir pour dévaler le reste de cette montagne à une cadence qui me permettra une moyenne raisonnable en temps de randonnée !

C'est souriants, avec de jolies couleurs et satisfaits de notre ascension et de notre descente que nous croisons les randonneurs suivants. À une heure de l'arrivée, nous rencontrons un couple en train de traverser une petite rivière. La jeune fille en gros anorak de ville et petites bottes nous demande s'ils sont bientôt arrivés…

si joli… À nos mines réjouies elle se dit que notre réponse sera forcément positive… Spontanément et de tout mon cœur je lui lance un : « Mais vous n'êtes encore nulle part !!! », Paul, pondéré, lui donne une approximation plus exacte de ce qu'il leur reste à faire et de la température qui les attend (impossible à concevoir lorsqu'on en est encore à ce stade de la ballade). La jeune fille semble un peu désappointée mais pense qu'on dépeint le tableau de façon négative… Nous discutons un peu avant de reprendre nos chemins respectifs. Comme d'habitude, un certain enthousiasme s'élève lorsque nous évoquons Isa. Ça ne loupe jamais ! Les gens nous prennent pour des cinglés gentils, nous racontent de façon bienveillante une petite anecdote de leur vie et puis chacun part de son côté ! Nous repartons !

Arrivés à la voiture, il n'y a pas de bris de verre mais beaucoup d'autres voitures sur le parking. Nous mangeons un sandwich et nous préparons à reprendre la route. Ce week-end ce sera Nashua, nous avons réservé un air bnb pas cher dans cette petite ville paumée du New Hampshire à seulement une heure de Boston. De quoi nous reposer le temps d'un week-end avant d'entreprendre notre city-trip. D'ici là nous suivrons la route 302 qu'un gars de l'office du tourisme nous a conseillée, et visiterons Norwich, petite ville historique que j'ai découverte dans un dépliant.

Montpelier Bradford