Après avoir observé les côtes de la Gaspésie aux jumelles dimanche, nous sommes réveillés le lundi 12 par un joli levé de soleil aux alentours de l'île d'Orléans. C'est la première fois que nous sommes si proche des côtes et que nous pouvons observer à l’œil nu les habitations ou même les voitures des gens! C'est magnifique et nous ne trainons pas trop au déjeuner pour pouvoir rapidement remonter sur le pont admirer la nature canadienne en plein automne. Un petit matin si ensoleillé et agréable nous rappelle que c'est une sacré chance d'être partis plus tôt que prévu.
Ce que Paul regarde là au-dessus, c'est le drapeau du Canada apparu avec les pilotes qui nous conduiront jusque Québec. A partir de maintenant, pour chaque portion du Saint-Laurent, des pilotes se succèderont pour nous faire traverser sans encombre les passages compliqués du fleuve et les écluses. De nouveaux passagers sur Isa pour de nouvelles histoires. Nous avions un peu peur de ne plus pouvoir nous balader librement dans la salle des commandes, mais l'arrivée des pilotes ne change rien à la routine du cargo, si ce n'est que notre capitaine a revêtu sa chemise à gallon.
Nous sommes maintenant à hauteur de l'île d'Orléans et observons avec curiosité l'urbanisme de l'île. Notre pilote nous explique que ce sont de petites fermes produisant surtout des pommes, des fraises et des pommes de terre. Il n'est pas avare de paroles et nous raconte qu'il est originaire de Montreal mais que le criminalité d'une grande ville de presque 4 millions d'habitants lui a plutôt donné envie d'aller vivre à Québec avec ses enfants et sa femme. Cette dernière est originaire du Manitoba où ses parents possèdent une ferme immense où l'on cultive le blé sur des dizaines de milliers d'acres. Elle est infirmière et part parfois pendant les mois de vacances sur des bateaux de croisière pour mêler travail et plaisir. Notre pilote l'accompagne alors avec leurs enfants car, sa philosophie (et tous les hommes mariés du bateau ont acquiescé) c'est "happy wife, happy life". Il a une pure tête de pilote canadien, passe de l'anglais au français et est plus que sympathique. Les rencontres s'annoncent agréables!
A force de fureter dans la salle des commandes, on finit par comprendre des choses! Une alarme s'est mise à sonner au large de notre île et Paul a demandé au capitaine ce qui se passait : la sonnerie nous prévenait qu'un certain niveau d'eau avait été atteint dans les cales. Un certain niveau d'eau? Nous coulons donc? Déjà 30 centimètres d'eau infiltrée par de petites fissures. De petites fissures? We're sinking all the time! Mais en fait, c'est normal!
De bavardages sympathiques avec notre pilote aux découvertes intrigantes avec le capitaine, Isa continue sa route et bientôt c'est Québec qui apparaît! Après le diner, nous remontons sur le pont pour voir apparaître les premiers édifices de la ville et un nouveau pilote. Il a fait la route de nuit et vient de se lever. Il est encore plus prodigieux que le premier! Chemise rose, lunette de soleil et sourire jusqu'aux oreilles, quand il apprend que nous parlons français il fonce vers nous. Badinage amusant jusqu'à l'arrivée à Québec où nous avons droit à de petites anecdotes sur la ville. Notre pilote a plutôt un air de skipper ou moniteur de voile et il est aussi très bon dans son rôle de guide. Malheureusement notre arrivée à Québec signifie aussi la fin de leur portion de route et nous saluons nos deux pilotes canadiens avec chaleur. La tristesse est vite atténuée par le spectacle qu'offre Québec. Nous passons juste en dessous de la ville avec Isa et Paul et moi sommes un peu émus à la vue de notre prochaine destination.
La suite de la journée a été plutôt agréable puisque le soleil était toujours de la partie et les degrés aussi! Alors on sort le transat, on lit un peu, on somnole beaucoup et on regarde le paysage changer. C'est le seul transat du cargo et il est un peu cassé, mais ça fait quand même rêver non?!
J'ai finalement été gentiment chassée par des membres de l'équipage qui devaient laver les fenêtres et le pont. Les gros tuyaux version karcher un peu mou n'engageaient pas à la sieste et j'ai préféré filer. Finir cette superbe journée par une douche froide...BOF! Je suis retournée faire un petit tour dans la cabine voir ce que Paul devenait. Une grosse demi heure après, c'était l'heure du souper (le souper de 17h30), le programme était tout indiqué.
Comme toute belle journée qui se respecte le coucher de soleil sur le Saint Laurent fut magnifique. On s'est abreuvé de toutes ces belles couleurs en prévision du long hiver blanc qui nous attend. Tous les passagers vaquaient sur la proue à attraper avec leur appareil photo le plus de beautés possibles.
