Ce samedi, dans le golfe du Saint Laurent, nous retrouvons des sensations du large : nous sommes arrachés à la sieste par les mouvements du bateau. C'est un samedi après-midi de tempête qui nous attend. Les vagues sont vraiment impressionnantes et certaines me donnent la sensation qu'elles vont briser le cargo. Et nous qui pensions que le plus gros était derrière nous ! Étonnamment, les vagues de 10 mètres que le bateau affronte maintenant nous donnent beaucoup moins le mal de mer que celles de six mètres qui soulevaient l'océan quelques jours auparavant. Apparemment, pour le bateau, ces vagues-ci, plus courtes, sont plus faciles à dépasser. Il n'empêche que de nouveau, involontairement, nous valsons sur les ponts.
On dirait que les rafales de vent appuient sur la lentille du téléphone

Les vagues n'ont pas l'air de préoccuper beaucoup notre équipage polonais désormais en week-end, et encore moins notre cuisinier qui nous prépare pour le soir un tartare de bœuf. À voir les assiettes des officiers nous avons peur de recevoir nous aussi l'équivalent d'une vache par personne, mais nous voyons arriver avec soulagement des assiettes plus petites. Soulagement de courte durée lorsque nous comprenons que si nous avons des assiettes plus petites, c'est parce qu'il ne s'agit que de l'entrée. Nous devons encore manger le plat, c'est-à-dire des nuggets de poulet et des pommes sautées (le tout préparé avec amour par notre chef cuisinier). Ajoutez à cela un feuilleté, une poire et une glace trois parfums (avec un biscuit, de la sauce chocolat, des fraises et pêches en pot...) et vous avez la recette miracle de notre cuistot pour que l'équipage se sente en vacances et dorme paisiblement jusqu'au dimanche matin. Entre les vagues et les repas c'est un entraînement intensif pour notre estomac ! Il faut pourtant rendre à César ce qui est à César, malgré les quantités invraisemblables qui nous sont servies, nous nous régalons. Entre les pierogi, les paupiettes de bœuf, les plats en sauce, les viandes, les poissons panés, les œufs brouillés, les pains perdus... On ne sait plus où donner de la bouche.
Pour finir ce samedi en beauté Paul nous a organisé une nouvelle séance cinéma. Dans l'owner cabine, avec le petit projecteur et le haut parleur bluetooth, ça en jette. Nous regardons avec Tom, Tjerk et Stephan le magnifique "Moonrise Kingdom" de Wes Andersen. Les moments où les sièges glissent à cause des vagues sont presque simultanés aux tempêtes dans le film ! C'est quand même un peu fatigant de faire attention à ne pas tomber de son siège...
Heureusement demain, nous devrions retrouver des eaux plus calmes. Nous prenons notre mal en patience en fixant les prévisions météo.
