Après une nuit extrêmement venteuse (Moose s'est balancé sur ses roues toute la nuit durant, nous empêchant de dormir) nous nous réveillons avec un beau soleil et des morceaux de ciel bleu. Nous sommes dans la partie du parc nommée Many Glacier : des montagnes et des lacs.
Pour nous remettre de la nuit, nous commençons par un bon petit déjeuner : yaourt et céréales, et puis ces petits jus dont ils ont le secret : à beaucoup de fruits, mais au goût de tous les autres !
Many Glacier J'ai vérifié : même s'il y en a many, j'ai partout vu le nom non accordé. On a dû rater une anecdote étymologique quelque part !
Après mûres réflexions, nous choisissons une randonnée de seize kilomètres le long des lacs. Nous marchons seuls sur un magnifique petit chemin. Mais où sont-ils donc tous ? Ils sont sur le bateau, qui, pour la modeste somme de $25, vous emmène depuis l'hôtel jusqu'au troisième lac.
Profitant de cette paix royale, nous longeons les deux premiers lacs et observons les bateaux pleins à craquer de touristes, ricanant doucement dans notre barbe, sous ce beau soleil ! Évidemment, c'était trop beau, et notre solitude se termine abruptement dès que nous approchons de l'embarcadère du bateau. Adieu calme serein, on t'aimait bien…
Nous suivons alors les marins en herbe, pas très rapides, et après les avoir suivis pendant un kilomètre, n'en pouvant plus, nous choisissons un petit pont traversant une rivière comme premier arrêt. Apéro avec le vin de région et le fromage de chèvre. Finalement, 'y a pire !
Nous nous apprêtons finalement à traverser la rivière quand Paul, consultant son GPS où il a enregistré l'itinéraire, s'aperçoit qu'on peut faire une petite boucle bien pentue vers les « Hidden Falls. » Ça grimpe : c'est clair que nos amis ne s'y sont pas rendus ! Dommage pour eux, la cascade est mystérieuse et d'une fraîcheur féérique !

Redescendant de notre petit bonus, nous nous apprêtons enfin à passer le pont de corde, lorsqu'une petite troupe de randonneurs s'agglutine devant la rivière. Sur le pont c'est un par un, ça fait des bouchons ! Sans compter qu'il faut faire des photos !
Nous faisons alors la connaissance d'une prof de yoga, ancienne maitresse des écoles, et de son mari, assez bien en poids et asthmatique.
Ils sont amusants, s'extasient devant Bruxelles — ayant le bon goût de ne pas nous assommer, une fois de plus, avec leurs conseils de gestion anti-terroriste — nous ne nous rebiffons donc pas plus que cela quand ils nous racontent qu'ils ont hâte de visiter la ville, où un de leur ami a un poste bien placé auprès de la Commission Européenne, et travaille pour… Monsanto !
Soit, merci merci, au revoir, bye, bye, et profitez-bien des randonnées !
Deuxième étape près du lac Grinnel où nous mangeons nos sandwichs sous un vent à décrocher les sapins, qui pourtant, étonnamment, restent sagement à leur place !
Commence alors l'ascension du flanc de la montagne, accompagnée de vues de plus en plus incroyables sur les lacs et la vallée.
Arrivés au milieu de la balade, un panneau indique une chute. Comme nous ne sommes pas encore rassasiés, nous décidons d'y aller. Le chemin n'a pas l'air très fréquenté, nous hélons donc les ours avec entrain : « Coucou les ours ! »
Arrivés dans le cirque des glaciers et de la cascade, nous nous posons pour un « Tea and biscuit time » le long de la Cataract Creek.
La marche reprend ensuite jusqu à la cascade… waouw ! On a bien fait de marcher jusqu'aux magnifiques Morning Eagle Falls. On se croirait en plein conte. Nous sommes seuls dans cette nature folle. C'est beau.

L'heure de faire demi-tour est alors enfin arrivée. Nous rebroussons chemin, mais en hauteur, sur le flanc de la montagne ! Près du lac Joséphine, nous redescendons au fond de la vallée et devons longer les lacs de l'autre coté. Mais au bout d'une longue route boueuse et d'un chemin un peu perdu dans les bois, nous faisons une rencontre inattendue.
Paul, qui avance d'un bon pas, est quelques mètres devant moi quand je lui demande innocement : « tu as vu le cheval un peu bizarre juste à côté ? »
Alors il tourne la tête, regarde les animaux et me dit : « wouaw… mais c'est un orignal ton cheval… » Puis il retourne la tête, avance encore de deux pas sur le chemin, et voit alors le deuxième animal, à quelques pas du chemin !
Suivant les conseils des nombreuses vidéos qu'on a été obligé de regarder pour faire du camping dans les bois, backcountry camping, je propose assez vivement à Paul que nous reculions !
Mais la route… c'est notre route ! Alors après concertation, on ne sait pas quoi faire ! C'est là que les deux moose se mettent en mouvement et viennent carrément sur le chemin. N'écoutant que mon courage, je cours, ce qui est d'ailleurs conseillé avec des herbivores !
Paul me suit plus lentement, bien moins impressioné. Mais quand même, un orignal, c'est massif, quand il vient en trois enjambées sur votre chemin, vous déguerpissez !
Nous nous cachons derrière des troncs et tenons un conseil plus réactif : je veux retourner en arrière et prendre le même chemin que le matin, tandis que Paul veut avancer et continuer la route qu'il a prévue ! Il arrive à me convaincre de reprendre le chemin, sous la promesse de faire demi-tour si les orignaux sont toujours là !
Nous avançons, rien, nous continuons, ils semblent être partis, nous entamons le tournant… oups… stop… nous savons pourquoi les deux femelles ont bougé : ce n'était pas à cause de nous mais parce qu'un grand orignal mâle aux anthères impressionnantes s'est approché ! Et il est là, juste au tourannt du chemin…
Chose promise, chose due : après l'avoir admiré longuement, et espéré le voir partir, nous rebroussons chemin ! Nous croisons alors un vieux gars sur le chemin, nous le prévenons de l'accueil qu'il pourrait recevoir, et alors que nous entendons les orignaux bramer, le vieux randonneur se dirige droit sur les animaux en rut, l'appareil photo dégainé.
L'aventure a été suffisement wild pour moi, et Paul accepte de prendre l'autre chemin, et nous laissons tranquillement les bêtes sauvages vivre leurs amours dans leur bois !
Sur le chemin du retour, pas d'ours, mais une chèvre de glacier, dont personnellement je ne vois que le derrière avec les jumelles !
Il est tard quand nous arrivons à Moose, et nous sommes déjà bien fatigués. Il faut encore passer la frontière et tenter de trouver une ville pour la nuit. Nous ne tardons plus dans Glacier : direction de nouvelles aventures au Canada !
Nous passons la frontière sans trop de soucis, répondons à toutes les questions de façon plus où moins précise… quand le douanier nous demande où nous vivons, je ne peux que faire une réponse évasive à propos de Montréal et de l'Europe, lorsqu'il nous demande quand nous sommes rentrés aux USA, je ne peux me rappeler de dates et lui donne alors plutôt les endroits géographiques par où nous sommes passés…
Quand il nous demande la valeur de ce que nous avons acquis aux USA, je lui énumère les 4 bouteilles de vin et de bière qu'il y a dans la voiture, la nourriture qu'il ya dans le frigo box et les bouquins qu'on a acquis dans les parcs…
On est de gros péquenauds, quoi ! Il nous laisse passer !
Première ville qu'on croise : trois maisons en tôle dont le jardin semble être une décharge. Ensuite ce sont des prairies, pareilles aux USA… De vastes espaces…
Dans le noir nous arrivons à Cardston : un office du tourisme, du wifi, un parking ! OK ! Cool ! L'aventure est finie pour aujourd'hui. Nous finissons la baguette de trois jours et le fromage de chèvre, tout en envoyant des nouvelles sur Internet.