AttentionNous avertissons les lecteurs que cet article n'a pas réussi à critiquer quoi que ce fût ou présenter une vision quelque peu humoristicocynique des évènements. Paul et moi sommes juste ébahis de la gentillesse et de la beauté des personnes que nous avons eu la chance de rencontrer et de la vie qu'ils mènent dans la jolie ville où ils habitent. Toute mièvrerie est donc involontaire mais difficile à supprimer malgré mes nombreuses relectures ! Mais bon, parfois, ça fait du bien aussi, la paix dans le monde, enfin dans Montpelier !

Parfois on se réveille le matin et on ne sait pas pourquoi, la journée semble pleine de promesses ! Pour Andy et Carolyn, nos hôtes couchsurfers, chaque matin commence depuis leur salon avec cette vue. C'est peut-être en partie grâce à elle que ce couple, rencontré hier, semble si épanoui et vivant !

Nous avons fait leur connaissance hier soir, autour d'un bon repas qu'ils nous avaient gentiment préparé à partir des légumes du jardin et des produits des producteurs locaux (un sacré luxe ici aux USA !). Nous sommes arrivés dans un noir pluvieux, par une petite route perdue, via un chemin de terre, dans une communauté de maisons en bois dont les cheminées fumaient gaiment à travers les gouttes de pluie innombrables.

Il faut dire que quelques jours plus tôt, encore indécis quant à nos futures destinations, nous avions cherché à tout hasard s'il n'existait pas dans la direction que nous voulions prendre un hôte couchsurfer à la hauteur de Jim ! Vu que cette petite parenthèse américaine n'avait pas vraiment été prévue dans le budget, il faut avouer que c'était aussi une manière économique de ne pas nous geler les miches dans la voiture sous la potentielle neige… (La suite des évènement montrera que le seul jour de redoux nous étions chez nos hôtes mais ça, ce n'est qu'anecdote !). Après avoir essuyé un nombre respectable de refus sur couchsurfing (et oui, il ne faut pas se leurrer, les pépites d'or sont rares sur ce site aussi !), nous découvrions le profil d'Andy, philanthrope accompli (et oui ça existe !), qui ouvrait généreusement sa maison aux voyageurs de fortune. En deux-trois messages tout était organisé, nous étions invités à souper et passer la nuit. Ha, les voyages et leurs surprises d'hospitalité admirables, notre délice…

Nous nous sommes donc un peu cassé la tête pour trouver un magasin qui propose des produits responsables (Notez : nous étions dans une ville inconnue des USA à une heure avancée…Nous avons, en dernier recours, demandé conseil à un agent touristique sur une aire d'autoroute) et finîmes par dégoter un admirable bordeau de 2009 (ici personne n'a l'air d'avoir remarqué que c'est une année qui se respecte…), une tarte fraise-rhubarbe (bof pour la saison mais les congélateurs nous sauvent toujours) d'une petite productrice locale et des rochers coco-chocolats de la même cuisinière ! Parés et impatients de rencontrer nos hôtes (et retrouver une douche), nous suivions allègrement les ordres du GPS sur les routes sombres du Vermont. Il nous mena sans hésitation (mais nous, personnellement, on doutait un peu plus quant au choix des chemins) vers le clos de notre hôte.

Nous ne nous rappelions plus le numéro de la maison. Au hasard, nous avons erré sur le chemin, jusqu'à ce que Paul aperçoive une dame sortant de sa voiture. Elle nous a accueillis d'un sourire et emmenés dans une des maisons de la communauté : pleine de bruit, de chaleur… et d'enfants (bruyants !). Un peu ab-assourdis après cette longue route calme à travers les montagnes du Vermont nous avons juste pensé : une tarte et quelques rochers au chocolat ne vont pas suffire…

Mais Carolyn et Andy n'étaient pas là, ils nous attendaient chez eux, pensant que le repas communautaire impromptu nous intimiderait peut-être (Merci à eux, même si nous nous serions adaptés !). Notre guide nous a donc redirigés vers la bonne maison et nous sommes enfin entrés dans le monde cosy-joli et atypique de nos hôtes !

Andy est un spécialiste en isolation. Ça fait des années qu'il donne des conférences et qu'il conseille aux quatre coins du globe pour minimiser l'utilisation d'énergie. Il est persuadé que le problème c'est l'ignorance alors il organise des activités de sensibilisation dans les écoles. En bon philanthrope, il a toute confiance en la génération de demain !

Carolyn, c'est une artiste qui a été professeur un temps puis s'est reconvertie dans de grands projets où elle essaie de donner (davantage) envie aux gens d'apprendre. Pour fêter ses 60 ans, elle est partie à vélo avec une de ses copines faire une partie du Canalway trail et a quand même traversé trois états !

Ce sont tous les deux des voyageurs invétérés qui, aujourd'hui comme hier, continuent d'améliorer leur quotidien et celui des autres avec les idées qui leur passent par la tête !

Ce qui est certain, c'est qu'avec la chambre qu'ils nous réservaient, Carolyn et Andy ont définitivement amélioré le nôtre, de quotidien !

Pendant le souper, Carolyn nous a dit avec un petit sourire dans la voix : « After two nights in a car, that's exciting to have a bed ! » La connivence des voyageurs…

Évidemment, le fait de retrouver une salle de bain et l'eau chaude d'une douche ne gâchait rien au plaisir…

mieux qu'à l'hôtel… Une immense bibliothèque donnait envie de s'assoir dans cette pièce et d'oublier le temps qui s'écoule. Des livres sur tous les sujets possibles, des romans des plus sérieux au plus légers, des pays étrangers…Des objets disparates et des quatre coins du monde racontaient tous une histoire d'aventure et de rencontre. Des instruments de musique étonnants piquaient la curiosité et une carpette moelleuse caressait la plante des pieds en de petits chatouillis ! On pourrait croire que j'exagère, et nous vivions dans la voiture depuis deux jours, ce qui paraît vite une éternité, mais cet endroit était un réel petit paradis.

Cette magnifique créature qui siégeait dans notre chambre, c'est une fougère qui a paraît-il plus de 50 ans. Andy nous a dit qu'elle accompagnait Carolyn avant même qu'il la rencontre !

Chaque détail dans cette chambre et dans cette maison inspire !

Il y a 5 ans, Andy et Carolyn se sont mis à la construire selon les plans qu'ils élaboraient depuis longtemps. Des murs larges et remplis de papiers journaux pilés pour l'isolation, une décoration où l'imagination de Carolyn pouvait se déployer, et des petites idées de génie qui rendent le quotidien plus facile et amusant.

et l'éclairage l'armoire Cette armoire par exemple est un immense placard dans la cuisine qui permet de ranger énormément de choses dans peu d'espace tout en gardant tout très facile d'accès.

Les étagères ne sont pas trop profondes mais nombreuses et les portes elles-mêmes permettent de ranger énormément de potiquets.

C'est mon coup de coeur… des portes pareilles, le rêve des ménagères !

Pointe de la technologie, une guirlande de Noël s'allume dès qu'on ouvre la porte pour permettre à l'utilisateur de trouver facilement ce qu'il cherche. J'ai pris une photo pour que Paul puisse nous bidouiller cette merveille une fois rentrés…

Évidemment, il y a aussi le garde manger qui me fait rêver !

Tous les légumes de l'année qui attendent gentiment d'être cuisinés et dégustés… Ces jolies gousses d'ail tressées, les oignons, les carottes, les conserves, …

Beaucoup de travail mais quelle récompense !

En plus, dans le Vermont, on ne peut pas dire que les circonstances soient idéales pour l'agriculture : du froid et des cailloux…

On raconte que les premiers arrivants on été bien déçus lorsqu'ils ont voulu cultiver les terres ; un peu d'humus et puis de la pierre, de la pierre et encore de la pierre !

Les occupants suivants ont compris que ce sous-sol contrariant était en fait un atout et ont commencé à extraire le granit qui servirait à la construction de la Maison Blanche un peu plus tard. Cette économie n'a pas empêché la plupart des habitants de fuir vers l'ouest après la grande expédition de Lewis et Clark, laissant derrière eux une terre déforestée. Depuis un siècle, les courageux à retenter leur chance sur ces terres ont tout replanté, et le Vermont s'enorgueillit maintenant d'être un des états les plus verts et à l'agriculture organique la plus développée.

Carolyn et Andy sont donc les nouveaux Vermontais parfaits : soucieux d'écologie et vivant dans les bois ! Ils ont choisi le sommet d'une colline boisée pour élire domicile, et les arbres qui ont été coupés pour dégager leur terrain ont fourni le bois qui a servi à construire leur maison (et la super armoire que je vous ai déjà présentée !) La cage d'escalier a trouvé un petit cachet particulier grâce aux bouleaux du coin, la salle de bain impressionne grâce à la mosaïque de Carolyn, l'atelier est couvert d'un enduit fait à partir de la terre du pays, dans la lumineuse chambre à coucher, les grandes feuilles de papier ont été créées par la mère d'Andy, artiste elle aussi.

Tout est artistique dans cette maison : même un morceau de bois servant à initier des feux devient objet d'admiration. Ne le voyez-vous pas cet animal étrange né de la combustion et du frottement du petit bois et de la paille ?

C'est Carolyn qui nous fait visiter sa maison et moi qui prend furtivement quelques photos souvenirs. Après le bon petit déjeuner pris avec Andy et elle (aaaah, le bon pain qu'Andy pétri de ses mains, la confiture maison, le cappuccino au lait chaud réchauffé sur la grosse cuisinière à bois, les œufs brouillés au gruyère… what a treat !), notre hôtesse prend le temps de nous faire visiter son atelier. Comme la discussion pendant le petit déjeuné a beaucoup tourné autour des artistes qui s'inspirent de la nature (la maman de Paul évidement mais aussi un artiste que le couple affectionne particulièrement, Nick Neddo, qui ne peint qu'avec ce qu'il trouve dans la nature !), j'espère pouvoir découvrir l'antre d'artiste de Carolyn ! Nous avons droit à une visite de la maison et de l'atelier, me voici exaucée !

Je prends même une petite photo de notre guide avec une de ses aquarelles ! Quel plaisir d'être là et de flâner dans ce monde si agréable et étonnant que nos hôtes ont construit. Je m'amuse de chaque objet et de chaque tableau. Carolyn laisse voguer son imagination et ses projets sont toujours amusants à découvrir comme par exemple cet assemblage où une poupée Barbie dans son monde de plastique fait face à une poupée indienne de tissu dans son monde végétal.

Et puis une petite photo pour les bricolages de Noël avec les enfants… les super marionnettes chaussettes où on coud des petits bouts de tout ! Un ouvrage de la fille de Carolyn qui n'a jamais voulu s'en séparer !

Mais l'heure tourne, Andy travaille et Carolyn a rendez-vous en ville. Nous nous préparons donc à quitter nos hôtes d'une nuit après avoir admiré les maquettes et expériences « économie d'énergie » d'Andy. Carolyn décide alors de nous escorter jusqu'au centre de sa capitale pour nous montrer une petite route que seuls les initiés connaissent et nous aider à trouver une place de parking gratuite.

Cette dernière initiative nous a laissé un peu dubitatifs vu la circonférence de Montpelier. À Paris on aurait compris mais là ? La capitale du Vermont c'est même pas 8000 habitants tout mouillé (le Vermont, tout mouillé, pas les habitants. Mais d'ailleurs c'est normal, c'est assez humide comme région. Vert…mont), de quoi nous débrouiller dans cette jungle urbaine quoi… Mais enfin, puisque nous ne sommes pas des cracks en anglais, on en a simplement déduit qu'on avait dû louper une nuance quelconque. Et puis de toutes façons Carolyn avait rendez-vous dans le centre avec une de ses amies à 11 heures.

Nous avons donc pris nos gros sacs, remis nos chaussures, tout fourré dans le coffre cahin caha et nous sommes dépêchés de suivre sa voiture blanche sur les routes de terre.

Arrivés à Montpelier, danse de l'incompréhension : Carolyn voulait-elle que nous nous parquions ? Était-ce son emplacement ? Cherchait-on des places côtes à côtes pour pouvoir se faire des adieux larmoyants dans les règles ? Nous nous sommes placés là où les grands gestes de Carolyn nous guidaient et un grand au revoir de la main a clôturé ce passage de rêve chez ces gens incroyables. Les au revoirs ce n'est pas notre fort…

Voilà, SDF à nouveau et prêts pour la visite de la capitale du Vermont ! Après avoir un peu réarrangé nos affaires dans la voiture (le départ précipité n'avait pas permis de ranger tout le brol de façon terriblement optimale, des sacs de toutes sortes s'ouvraient ça et là et il fallait bien tout faire rentrer dans le coffre avant de laisser la voiture, sans défense, dans le voisinage) ! Après une danse des pieds et des jambes et quatre rangs d'écoles primaires traversant notre trottoir, j'avais finalement rangé le coffre.

La bibliothèque de Montpelier Le premier bâtiment que nous avons croisé était la bibliothèque municipale. Alors que nous admirions ses gros blocs massifs de pierre et les essais désespérés de l'architecte pour rendre son bâtiment moins lourd grâce à de petites fioritures sur le côté, nous décidâmes d'aller admirer l'intérieur. On ne s'attendait pas à une bibliothèque oxfordienne mais enfin, vu l'âge du bâtiment, vénérable pour le lieu, on s'est dit que ça valait quand même la peine de gravir les quelques marches.

En fait non !

Par contre, à l'intérieur, nous avons découvert qu'il y avait une grande vente de livres usagés au sous-sol et que dans la demi-heure qui allait suivre, un groupe de Montpelieriens allait se rejoindre pour un dîner « français ». La langue de Molière autour de quelques sandwiches dans la salle de derrière… Intrigués, nous traînons dans les rayons et trouvons quelques bouquins intéressants — de quoi alourdir encore un peu nos sacs — en attendant l'heure fatidique de midi où doivent affluer des hordes de fans de la langue française…

Midi quart, toujours rien ? Nous nous enquérons auprès de la bilbiothécaire (qui nous apprécie depuis que nous lui avons acheté ses vieux bouquins quatre fois le prix habituel puisque c'est une vente libre) de l'emplacement des « Mercredi français ». Elle nous dirige vers la salle arrière (moquette grise et une table au milieu d'un espace vide) où il n'y a indubitablement personne. D'une petite voix elle nous dit : « Habituellement, ils sont au moins trois à se rejoindre ici mais peut-être que cette semaine, le froid, le vent, la pluie ? … C'en était fini de notre espoir de discourir avec de nouveaux amis !

Qu'à cela ne tienne, c'était reparti pour la visite de Montpelier. Seulement maintenant nous avions des livres dans les mains et pas de sac ! Le plus facile fut de retourner à la voiture, où la présence des sacs de nourriture dans le coffre nous rappela qu'il était midi ! Midi ?! Mais diantre, il faut prévoir notre repas ! Il fallait trouver du pain. Une nouvelle mission se présentait donc, trouver du pain digne de ce nom ! Je vous passe les allers retours dans le ville, sous la pluie, suivant les bons conseils des habitants qui nous ont envoyé dans des directions opposées, la déconfiture quand le graal enfin trouvé, il s'avéra qu'on ne vendait que des pâtisseries et pas la moindre baguette ! Nous nous sommes finalement dirigés vers une coop à l'autre bout de la ville (et c'est à ce moment que nous fûmes reconnaissants que la ville ne soit pas Paris, bien que là nous aurions trouvé du pain très facilement…) pour nous retrouver dans un magasin de purs hippies, mais vendant de drôlement bons pains, de supers articles et des cosmétiques bio… enfin cosmétiques, entendons nous, notre intérêt se limitait aux pommades pour les gerçures et baume contre les rhumes.

Soit ! Après avoir cherché avec un peu de mal les caisses (cachées) et découvert que ce beau magasin engageait principalement des personnes handicapées (ce qui expliquait enfin pas mal de trucs étranges qu'on avait vu dans les rayons : par exemple le gars qui était sensé ranger les boites de conserves et qui en fait était en train d'étudier une collection de crottes de nez nous avait laissés un peu perplexes, nous, insuffisamment perspicaces pour comprendre qu'il ne retournait en fait que d'une vision différente des critères sociétaux). Finalement, nous avons quitté le magasin avec un dernier sourire lorsque j'ai lu un panneau sur les portes exhortant les clients à porter chemise et chaussures pour raisons d'hygiène…

Nous avions du pain ! Et les sandwichs furent fameux ! Assis dans notre voiture-maison, nous avons regardé passer d'autres rangs d'écoliers, savouré notre fromage américain et je me suis fendue d'une micro sieste !

Le capitole de Monteplier

Ça y est ! Nous étions prêts (vraiment cette fois ?) pour visiter Montpelier ! À vrai dire, la recherche de notre boulangerie nous en avait déjà fait faire un sacré tour, mais il restait encore le plus important : le capitole.

Nous nous sommes dirigés vers l'imposant bâtiment et la grande étendue d'herbe autour. Paul, curieux, a proposé que nous entrions à l'intérieur pour voir de quoi il retournait. Les portes étaient fermées, l'endroit semblait désert, je n'étais pas extrêmement motivée… mais Paul poussa une des grosses portes en bois sur les côtés du bâtiment, puis une fine paroi de verre et nous étions à l'intérieur !

Nous nous retrouvâmes dans un couloir de marbre avec des tableaux grands formats d'hommes imposants devant des tentures de velours. En toute intrépidité, nous tentons quelques pas vers le centre du couloir et les escaliers au tapis rouge. Un policier s'avance. Là on chercher une histoire, on se demande comment on va justifier notre présence fureteuse et le policier nous dit : « jwroin roin join ». Un peu perplexe, je m'apprête à répondre n'importe quoi à côté de la plaque, mais Paul a compris : le grand policier armé en uniforme nous a simplement conseillé de nous dépêcher, l'heure de fermeture approche… Nous montons donc les escaliers quatre à quatre et admirons la collection de tous les gouverneurs du Vermont. Dans cette galerie imposante, il y a même UNE gouveneur. On la reconnaît facilement, non pas grâce à son doux visage, mais grâce aux couleurs criardes du tableau et au gros bouquet de fleurs qui trône à côté d'elle. Je ne ferai aucune réflexion sur le fait qu'aucun des gouverneurs masculins n'ait un si laid tableau. Après tout, cette vénérable politique était peut-être une fan d'Andy Warhol doublée d'une passionnée de jardinage… En conclusion, les tableaux sont au frais des gouverneurs, ils doivent débourser leurs propres sous pour se faire tailler le portrait. Cocotte n'avait donc qu'a investir davantage… ou pas du tout ! Vanité…

Là-haut, sur la colline… Poussés dehors, nous décidons d'entamer la ballade conseillée par Andy et Carolyn, très fiers que Montpelier possède sa propre forêt, a capital forest ? Nous grimpons cette colline boisée avec le soleil de fin de journée qui se montre enfin, c'était maintenant ou jamais ! Du haut de la vieille tour qui doit au moins avoir 200 ans, la vue est imprenable. Les passants que nous avons croisés un peu plus tôt se retrouvent là en haut. Les sportifs, qui ont couru tout le long de la colline et dans les escaliers de la tour, soufflent trois fois arrivés en haut et redescendent aussitôt.

Nous choisissons pour redescendre un autre chemin à travers le bois. Il serpente loin de la route principale et nous nous sentons enfin un peu parmi la nature, sans que les vrombissements des voitures des Montpelieriens n'amenuisent le plaisir d'être en forêt. Si la vue sur les collines alentour était magnifique depuis la tour, la vue sur la ville depuis la petite route que nous longeons depuis que nous avons quitté la forêt est ravissante.

soooo american

Je prends en photo quelques maisons intéressantes, soit jolies, soit « so american », soit sur le point de s'écrouler. À vrai dire, les habitants semblent assez éclectiques et lorsque, alors que j'admire/observe un grand panneau avec un zèbre occultant la fenêtre d'une grande maison idéalement placée pour jouir d'une vue imprenable sur Montpelier, un vieux clodo m'accoste et me dit quelque chose (de façon plutôt agressive) avant de reprendre sa route (vu mon manque de réactivité et de compréhension) vers sa maison, la maison, la maison au zèbre. Moi qui sentais déjà mon cœur se serrer pour ce vieil alcoolo, le découvrir châtelain de cette jolie demeure me laisse rêveuse…

Il fait froid, il fait nuit, nous décidons de retourner à notre petit nid : la voiture ! Paul fait les comptes et j'écris des articles tant qu'il reste assez de batterie sur moucheron (communément appelé mon portable). Après une grosse heure de rédaction, nous décidons de nous dégourdir les jambes et de goûter aux fameuses bières artisanales des microbrasseries du Vermont. La bière ne nous déçoit pas, le menu un peu plus… en tout cas le ratio qualité-prix. Néanmoins la soirée est agréable et c'est plein de bienveillance envers Montpelier que nous quittons la ville à la recherche de notre étape du soir.

Comme d'habitude, nous pensons pratique : demain on randonne, autant se rendre directement sur le parking. Nous avons une petite heure de route devant nous, mais le GPS nous annonce des chemins de terre… et de fait, après quelques miles, nous bifurquons sur une route plutôt large mais de terre battue. Je me dis : « Ca y est, perdu au milieu des montagnes ! » mais malgré la rusticité de la route, des habitations (maison serait un peu trop élogieux pour les bâtisses que nous avons croisées) s'échelonnent le long du chemin, perdues dans la montagne, cachées dans la montagne. Plus nous nous enfonçons et plus je trouve que cette route serait parfaite pour un remake de Shining ou n'importe quel autre film d'horreur. Toutes sortes de choses traînent dans le « jardin » des gens et les tôles de plastique ondulé, piquets en bois ou autre fil barbelé ne rendent pas les abords des taudis très coquets. Bon allez, j'exagère peut-être un peu…

Continuant notre périple dans le noir, nous commençons à trouver que cette route de terre est bien longue… Avons-nous raté un embranchement ? Était-ce le bon chemin ? Un premier pont et une petite rivière nous rassurent, un deuxième pont nous fait douter : « Cet espèce de construction branlante va-t-elle vraiment supporter le poids de la voiture ? » La bonne nouvelle c'est que nous sommes sur le bon chemin, la mauvaise c'est qu'un panneau indique qu'à partir de cet endroit les bus scolaires ne peuvent plus monter : le pont ne le supporterait pas, ni le chemin d'ailleurs… N'écoutant que mon courage, je conseille à Paul de faire demi-tour. Il pousse sur l'accélérateur et s'aventure sur le pont. Je vois les bois plier sous notre poids, les piliers d'acier tout rouillés, quelques rafistolages bidons… Ce n'est pas bien haut et nous franchissons ce qui se rapproche plus du pipi de chat que du torrent de montagne, mais néanmoins, la voiture de location apprécierait certainement moyennement un bond vers le bas, même d'un mètre. Le reste du chemin est tout aussi rocambolesque, la route monte avec une pente plutôt vertigineuse offrant de ci de là de jolis trous cachés par la nuit noire et les arbres alentour. Je remercie le ciel qu'il n'ait pas plu, rendant ce parcours du combattant carrément impossible avec notre KIA. Je commence aussi sérieusement à m'impatienter et à supporter moyennement chaque nouvelle butte dans la route. Je demanderais bien à Paul de faire demi-tour, mais je me rends compte qu'une marche arrière serait encore bien pire… Je souffre en silence en broyant l'accoudoir de la voiture et en gardant un ton maussade : nous aurions dû nous contenter de dormir en face de n'importe quelle maison à Montpelier !

Paul m'annonce alors qu'il a vu un panneau pour un premier parking. Alléluia ! Cette fois je n'ai plus assez d'énergie pour imaginer toutes les choses atroces qui pourraient nous arriver sur ce parking, perdus au milieu des Green mountains, franchement vachement chiant à atteindre, à une heure assez avancée ! Tant pis pour tous les gens bizarres qui doivent habiter les cahuttes préfabriquées qui longeaient la route : il n'est pas question que nous refassions cette route de nuit ! J'impose quand même à Paul les dix minutes d'observation des alentours, m'endors au bout de la septième jusqu'au lendemain matin !

Blue Mountain Camel's Hump