Cette fois c'est bon, je vais enfin découvrir le monde de la restauration chez Patrick et Nicole ! Plats traiteurs, pâtisseries, viennoiseries, chocolats… avenue Laurier, tu peux tout trouver ! Si vous poussez la porte vous entrerez dans un monde de sucre et d'épices, de beurre et de cacao. Vous pourrez accessoirement me voir, attifée d'un tablier bordeaux brodé et d'une casquette noire absurde. Apparemment, les canadiens n'aiment pas voir des cheveux là où ils mangent…

Je serai derrière l'un des comptoirs, peut-être à pester sur la caisse enregistreuse, à servir du bœuf à l'espagnole ou du lapin à la moutarde, à faire des blagues avec un client sympa ou à parler musique canadienne…
Voilà maintenant une semaine que je travaille aux « Saveurs du Plateau »… Le moment est venu de vous faire faire un petit tour du propriétaire et de vous raconter quelques péripéties de mon nouveau boulot !
Éléments notables de cette première semaine de travail :
La pâte à croissant ce n'est pas de la pâte feuilletée, c'est de la pâte à croissant (en fait il y a de la levure) !
C'est vraiment difficile de calculer mentalement avec soixante-dix et quatre-vingt-dix. Spécialement quatre-vingt-dix. Franchement, sans offenser personne, c'est vraiment n'importe quoi !
Les stars viennent parfois dans les magasins du Plateau. Mais ce sont des stars canadiennes, du coup même s'il s'agit en fait du sex symbol québécois qui a refusé de jouer dans le dernier film de Di Caprio, vous le servez comme tout le monde, en vous disant que pour une fois ce client n'a pas l'air de trouver que les prix sont trop chers. Vous vous appliquez sur le nœud de la boite à gâteau et vous ne vous rendez pas compte que votre collègue est devenue rouge comme une pivoine et va téléphoner dans 5 minutes à toute sa famille pour dire que « Roy Dupuis » est venu acheter une tarte au citron…
Travailler dans une pâtisserie peut VRAIMENT vous faire prendre 10 kg !
Voilà, tout se passe bien, ils sont tous bien gentils et je m'applique énormément pour être au top ! Du coup je fais déjà les fermetures toute seule et je dois avouer que les deux premières fois j'ai stressé toute la nuit en repensant à toutes les choses que je n'avais peut-être pas faites, aux frigos qui devaient être à la bonne température, au pétrin qui devait être correctement remis en place, à la caisse qu'il fallait éteindre…
Mais voilà, ça me plait (et le fait que Nicole me fasse goûter sa mousse au chocolat et Patrick sa joue de porc ne gâche rien à l'histoire !). C'est une expérience intéressante et de fait, le monde de la restauration n'est pas facile. Je sais déjà que travailler ici va transformer mes envies sporadiques du monde de l'horeca. Un patron et une directrice, c'est quand même différent ! Par contre, je ne sais pas ce qui est plus facile entre clients et élèves… Dans les deux cas, il y a de sacrés zigotos ! Vous connaissez déjà mes histoires d'élèves, viendront les histoires de clients !!!
La semaine prochaine je commencerai aussi les matinales : 7h15 au poste… Départ de la maison 6h30. Je vais retrouver mes bonnes habitudes de prof !
Ou quand je vous raconte mes déboires pour trouver du boulot et mon premier jour d'essai !
Après un mois et demi de parcours du combattant pour trouver un boulot, ça y est, j'ai « une » job !
Passons les CV envoyés à tout vent dès qu'une annonce semblait envisageable ; entendez par là les jobs qui vont de la découpe de légumes 8 heures d'affilée, au travail de nuit, le samedi, dans des coins craignos où il faut faire l'esclave pour le salaire minimum après s'être tapé une heure et demi de transport… Envois de CV qui vous récompensent par des mails douteux de gars foireux qui veulent une « secrétaire » mais jamais par des réponses concrètes qui vous donneraient un peu d'espoir.
Oublions les dépôts spontanés de CV dans tout commerce sur lequel une affiche annonce « recherche personnel » alors même que dans certains tout échange communicationnel est impossible : barrière linguistique bonjour, mon chinois et mon japonais ne sont pas à niveau (peut-être était-ce du coréen ?).
Rayons de notre mémoire les boites de placement qui vous font faire des formations payantes et finalement ne vous rappellent jamais. Maintenant, avec 98/100, j'ai un diplôme de barman et je vous fais n'importe quel cocktail de mémoire, dans le verre adéquat et avec la décoration traditionnelle, mais ça n'interpellera aucun employeur ! Je suis formée en arnaque, c'est bon, moi aussi j'ai été une bonne poire, et plus que les salaires absurdes ou les offres d'emploi soi-disant faramineuses qui m'attendait, ça doit être quand le recruteur m'a dit que j'avais un niveau de 7/10 en anglais parlé qu'il m'a mis dans sa poche et que mon bon sens a fondu comme neige au soleil.
Anihilons la rancœur à la lecture récurrente de « 2 ans d'expérience demandée » pour encoder des données débiles dans des tableaux immenses, ou servir des verres dans un bar.
Adieu les places qui viennent d'être données mais on aurait vraiment aimé vous engager…
Bye bye, galère internationale de la recherche de boulot : j'ai une job !

Je suis une employée, à nouveau, aux Saveurs du Plateau ! Suite à la formation CITIM que nous avions faite avec Paul pour booster notre CV et nous adapter au marché québécois, une de nos connaissances m'a recontactée pour m'informer qu'elle allait quitter son petit job et qu'il y avait de la place pour moi ! Le lendemain, pimpante et enthousiaste je brandissais mon CV inutile (une fois de plus), mais, vue la nécessité urgente de trouver du personnel, je décrochais un jour d'essai pour le lendemain : aujourd'hui !
Un patron ch'ti, un service traiteur, des pâtisseries, des chocolats, quelques tables pour s'enfiler le plat du jour ou tout autre délice du Plateau… ! Voilà le cadre ! Des gens sympas, un boulot multi-fonction et un salaire bien meilleur que la plupart des offres ; mon eldorado !
Mais bon, 6h30 j'étais debout et prête à affronter la journée ! Des flocons d'avoine et une banane, le déjeuner des champions pour tenir la distance quand la journée s'annonce corsée ! Dans le métro, c'était le matin ! Les gens n'avaient l'air ni stressés, ni spécialement heureux, ni… rien. Juste blasés : c'est le matin. C'est incroyable comme ça a l'air confortable d'être blasé quand on est stressé.
J'ai marché le long du parc, j'ai marché dans les ruelles, j'ai sorti mes mains des poches pour qu'elles soient froides et non moites… et, ponctuelle à souhait, je suis arrivée aux Saveurs du palais à 8h45. Ma « formatrice » était déjà derrière son comptoir, Nicole et son mari dans les cuisines, au travail, depuis 4 heure du mat', comme chaque jour…
Je suis descendue à la cave, j'ai plié le cou parce que le plafond était trop bas et j'ai troqué mes bottes de neige pour des escarpins, abandonné mon manteau et mon sac, ai respiré un grand coup et suis remontée ! J'ai salué mes peut-être futurs patrons et c'était parti pour la formation ! Un tablier, une casquette (qui m'a un peu perturbée au début) et en piste.
Les viennoiseries, comment les range-t-on, où les trouve-t-on, comment les sert-on ? Les pâtisseries, comment les nomme-t-on, comment les étiquette-t-on, comment les présente-t-on, dans quel frigo se trouvent-elles ? Les tourtes, pâtés et quiches, de quoi sont-ils composées ? Pourquoi certaines répondent elles au nom de pâté quand d'autres se nomment tourte, comment les factures t-on, comment les présente-t-on, car c'est justement l'inverse de tout le reste…
30 minutes étaient passées…
La journée s'avérait full information !
Premier client, j'admire la dextérité de ma (peut-être) future collègue. En un tour de main tout est emballé, pesé, comptabilisé et payé ! C'est pas si facile figurez-vous ! Du coup, arrêt sur le pain : miche blanche, bio, céréale, baguette, baguette au levain, les prix, les farines, les places…
Des petits cafés à servir ? Attention : filtre ou expresso ? Double, allongé, latte, à torréfier, déjà moulu, dans quelle machine, sur quel bouton ?
Il est l'heure de prendre la température des frigos et de noter ça dans le cahier des charges. Vraiment, faut faire ça ? Ok, deux chiffres de plus dans ma mémoire… frigo entre 2 et 6 degrés…
Vient le tour de la caisse enregistreuse… ah, mon Dieu ! la caisse enregistreuse ! Et les pièces canadiennes, et pas septante ou nonante mais soixante-dix et quatre-vingt-dix ! Sauf que quand on retient deux commandes par cœur et qu'on en sert une troisième tout en facturant la première, les boutons se mélangent, les…
Le téléphone sonne, c'est une commande pour des gateaux d'anniversaire. Cours sur les plaques de déco ! Ha… bonheur ! Nicole quitte son fourneau pour nous montrer comment utiliser les petits cornets de chocolat qu'elle a préparés à l'avance. Comme je suis intéressée, j'ai même droit à un mini cours et des conseils pour faire des cornets moi-même à la maison. Ça y est, j'aime Nicole !
L'ambiance musicale c'est radio Renaud et le chef chante en cuisinant. Il y a même des reprises de Renaud par les Ogres de Barback. La voix éraillée et familière du chanteur me déconcentre quelques secondes ! Mais c'est l'heure de l'explication des différentes machines à café, des panneaux avec les propositions du jour, de la fabrication des sandwichs et autres croissants fourrés. Je découvre tous les tiroirs, tous les frigos et placards ! Il y a des jambons et des fromages de qualité. J'ai affaire à de vrais connaisseurs des ingrédients et de la cuisine… ouf ! Et puis ce n'est pas comme dans certaines chaines où chaque millimètre de jambon est pesé et compté : ici les portions sont généreuses et suivant l'inspiration du confectionneur ! Ha… quand je peux confectionner ! Je réalise donc mon premier « croissant-déjeuner » et suis plutôt fière du résultat. Surtout que dans la MASSE d'infos reçues, j'ai réussi à retenir le prix en plus de la recette ! J'encaisse, je me plante, évidemment… les machines c'est pas mon truc ! Je finirai par réussi à encoder une commande sans me planter, j'y crois !
Deux clients arrivent, deux français qui veulent des petits gâteaux et des pralines et qui sont plutôt bavards, et patients… merci les clients patients !! Tandis que je me débats avec un carton et des pâtisseries, j'en apprends plus sur leurs fréquentes visites au Québec et leurs deux fils qui ont élu domicile de l'autre coté de l'Atlantique ! Je fais des paquets, je colle des étiquettes, je… Waww ! Et puis j'apprends comment on encode les pralines ! Première fois de ma vie que je fais un ballotin, la classe !
Le temps a encore filé, j'ai encore appris beaucoup de choses, et puis aussi pas mal d'infos sur ma collègue qui m'a préparé un petit cappucino pour me montrer comment on fait ! D'ailleurs, demain, je dois lui demander comment la vapeur se met en marche… Une fille super, 23 ans, 3 ans qu'elle travaille là, pleine d'énergie et en plein déménagement. Une vie pas toujours facile mais un sourire… je sais que je l'aime déjà !
Apparemment c'est réciproque parce qu'après m'avoir dit qu'elle le sentait bien pour moi et s'être éclipsée pendant quelques minutes dans la cuisine, le chef arrive et me propose tout un horaire pour les prochains jours. On dirait que je suis engagée !! Youpiiiiiiiie. Mais le coup de feu n'est pas encore arrivé !
Il est 11 heures, Nicole et son mari s'en vont, laissant le bateau à Mélo… et moi ! Les clients commencent à affluer, il faut vraiment que je me débrouille comme une grande pour servir les petits gâteaux, les plats du jour, les soupes, les plateaux, les baguettes, les pralines… Waww… J'oublie de fermer les portes des frigos, j'en fais voler une sur les plats préparés, j'oublie un client, je m'en sors pas avec la commande de sandwichs… Mais ils vont changer d'avis !!!?!!! Panique à bord, heureusement, c'est le mois de janvier et assez rapidement les clients s'espacent. Je finis par faire mon premier expresso sur les grosses machines italiennes et franchement, je suis contente d'avoir survécu ! Ça m'a paru un monde… et il a dû y avoir 10 clients… Pas faciles les premiers jours !
Je range un peu, passe un torchon (je m'adapte : un essuie, quoi !) un peu partout sur les tables, les chaises etc, note des infos dans mon carnet et retourne voir Mélo dans la cuisine. On discute, on range les cartons, j'observe… cette fois le plus dur est passé et je vais bientôt rentrer !
Finalement, ma prestation un peu branlante du temps de midi, c'est tout à fait normal d'après elle, et nous nous quittons jusqu'à demain où j'apprendrai à faire la fermeture, que je ferai lundi, toute seule, comme une grande…
Oui, ça me stresse !
Voilà, j'ai un job et la blinde d'infos en tête !
Je suis vraiment CONTENTE de travailler dans un cadre aussi chouette, avec des gens qui m'ont l'air supers et qui ont l'air de faire leur boulot de tout leur cœur. Je quitte le magasin encore sous l'euphorie et admire le chemin du retour. Entre le magasin et l'arrêt de métro il y a un joli parc et une petite place avec une église. Même le coin est sympa !
Dans le métro, c'est la fin de journée. Les gens n'ont l'air ni stressés, ni spécialement heureux, ni… rien. Juste blasés : c'est la fin de journée. C'est incroyable comme ça paraît détestable d'être blasé quand, soi-même, on est survolté…
Paul m'attend à la maison, je lui annonce la bonne nouvelle : non, je ne serai pas femme au foyer ! Parce que Paul, même s'il n'a pas encore commencé, a lui aussi trouvé un job ! Il va faire l'interface graphique d'une application qui compte les cellules sanguines pour une entreprise qui travaille avec de l'imagerie médicale. Une équipe sympa, des gens soudés et intéressés qui sont heureux d'accueillir Paul dans leur projet et qui lui soufflent déjà à l'oreille de rester plus longtemps au Canada…
Moi je repense à ma journée, à mes patrons ! Ce grand ch'ti et cette cuisinière de 60 ans. Ils ont ouvert il y a 12 ans, investissant leur épargne pension dans ce grand projet. Pendant deux ans ça a roulé dans ce quartier animé, et puis le maire a décidé d'interdire de se parquer, de faire ceci ou cela et la rue est morte. Ce n'est plus par là qu'on passe désormais quand on est dans le Plateau, et les économies et l'épargne-pension sont tombées dans le gouffre d'un commerce qui a tout pour réussir : de bons produits et de bons travailleurs. Alors maintenant je rêve de site internet, de page facebook, de visibilité, de… Ça fait un jour que je travaille là et j'imagine déjà un commerce qui renaît de ses cendres… Si vous avez des idées !!!