Voilà, ça y est, on est chez nous. Reste plus qu'à retenir le code postal. Bien oui, H1W 3C6, c'est ça ! Et autant avouer tout de suite que chaque fois qu'on me le demande, je tourne vers Paul un regard implorant et plein de détresse…

Heureusement, on ne me le demande pas si souvent !

Notre rue de nuit… …et de jour

Si notre code postal m'apporte quelques tracas, notre nouvelle colocation, elle, ne m'apporte que du bonheur ! Notre lit est confortable, la cuisine bien équipée, le salon lumineux et la douche d'une pression parfaite ! Et si la fenêtre de notre chambre ne donne que sur un grand mur un brique, la porte vitrée du salon, elle, donne sur une petite ruelle intérieur et des façades typiques avec, au loin, un clocher de cuivre d'un beau vert sur le ciel bleu.

Nous avons donc débarqué avec nos gros sacs vendredi. On peut dire qu'on était heureux de les trimballer pour la dernière fois avant un LOOOOONG moment ! Sébastien et Mélissa avaient préparé un délicieux poulet aux poireaux et nous avons joué à des jeux de société. Une parfaite petite soirée ! Le lendemain matin, ils étaient partis, vadrouille dans la famille de Sébastien. Nous avions donc carte blanche pour découvrir les lieux ! Nous avons donc installé nos petites affaires, et après avoir bougé 10 fois les meubles de place dans ma tête, je me suis résolue à n'échanger que deux armoires, l'agencement choisi par nos colocs pour notre chambre était à vrai dire optimal !

Que faire quand un grand week-end commence et que toutes les possibilités sont ouvertes ???

J'ai fait une lessive, et Paul s'est lancé dans le tricot pour réparer son pull !!!

À force de le porter tout le temps, le fil de laine au bout des poignets s'est rompu d'usure, et l'ouvrage commençait à se détricoter. Comme ma chère maman m'a fourni une petite pelote de la même laine afin de faire d'éventuelles réparations, je me suis lancé dans le retricotage de tout le poignet !

Mais nous prenons du bon temps et, dimanche matin oblige, je me lance dans la préparation d'un brunch. Comme j'ai vu une annonce qui demandait une cuisinière dans un restaurant de la rue Rachel, et que tous les plats avaient l'air plutôt simples mis à part les œufs pochés, je me suis entraînée. Le résultat était délicieux… Et vraiment, tout est dans le vinaigre ! J'ai testé un conseil d'Internet qui proposait de faire un tourbillon dans l'eau bouillante avec une cuillère, mais franchement, ça n'apporte rien ! Info intéressante par contre, pas besoin de gros bouillons ! L'eau doit avoir bouilli mais doit être frémissante quand on casse les œufs !

Et puis le soir, apéro dans notre beau salon !

Un reste de cosmo, un reste de pâté, un reste de chips et un dip improvisé au curry. En gros un peu n'importe quoi mais c'est tellement bon quand on est chez soi ! Ça fait presque deux mois qu'on roule notre bosse et c'est bien agréable de se poser un peu. Paul nous met un peu de jazz et nous sommes bienheureux, tous les deux !

Tout est dans le dosage… Évidemment, à un moment, il a bien fallu sortir pour aller faire des courses, c'est alors que nous avons découvert notre voisinage…

Arriver au mois de décembre n'était pas un mauvais calcul, cela permet de savoir directement à qui vous avez affaire quand vous marchez dans votre quartier ! Évidement, le fait que les grands froids et la neige ne soient pas encore arrivés aide fortement. L'année dernière, à cette époque, il faisait moins trente et la neige abondait. L'histoire des décos aurait paru plus anecdotique…

Il y a un peu de tout, des ours qui penchent la tête, des guirlandes multicolores, des anges qui tombent du ciel et évidemment, évidemment, un nombre incalculable de pères Noël qui grimpent sur les balcons.

Une vague de cadeaux colossale va s'abattre sur Montréal. Je n'imagine pas le nombre de détenus chinois au travail pour remplir toutes les hottes de ces grands pères en plastique.

Mis à part les pères Noël grandeur nature pendus au balcon, ce qui a vraiment la cote ces derniers temps est encore plus grandiose : (si on repense à Halloween on a un indice…) mais oui, ce sont les décorations gonflables dans lesquelles l'air est insufflé en continu. C'est grand, plein de couleurs, en plastique et ça fait « fiiiiuuuuutt » tout le temps !

Noël est plein de surprises et chaque sortie dans la rue nous émerveille… ou nous horrifie ! C'est selon ! Dans tous les cas, c'est une vraie source de distraction !

Heureusement d'ailleurs, car côté recherche de boulot, c'est pas la joie. On a imprimé des CVs qu'on a retravaillés et traduits, et puis on cherche, on envoie des mails, on épluche les sites, on fait le tri dans tout le grand n'importe quoi d'Internet et on ne reçoit aucune réponse. Aucune réponse…

Dans la rue je m'arrête à chaque vitrine et scrute les porte pour trouver un petit panneau « cherche… ». Cherche n'importe quoi, c'est pas comme si j'étais difficile ! Un magasin de tissu, un japonais, une boulangerie, et même, même, le Subway. Mais sur ce dernier coup, j'ai pas trop d'espoir. Quand je donne mon âge à la petite jeune qui prend mon CV, son regard plein de pitié en dit long…

Mais la vie continue ! Paul continue à s'évertuer sur son pull, c'est pas facile et comprendre les torsades et les mailles et leur revers donne un peu de fil à retordre (ou ou) à Paul…

Pendant ce temps, moi, je cuisine ! Des cookies (quand même, on est en Amérique), des petits plats, des soupes… Je mélange des recettes que je trouve sur des sites canadiens. Ici, les références, c'est Ricardo et Marilou ! Marilou c'est une chanteuse qui fait des livres de cuisine. « Trois fois par jour », au Québec, c'est la nouvelle Bible ! En fait il y a du bicarbonate ET du baking powder

La vie continue donc gentiment, entre tricot, recherche de boulot et petits plats. Nous sommes allés dans un magasin de laine sur le Plateau pour que Paul trouve un crochet et des aiguilles. J'ai vraiment apprécié ce moment où Paul parlait tricot avec une petite jeune qui n'y connaissait pas grand chose, choisissait ses aiguilles et où j'ai sorti le porte monnaie. Ha… sortir des stéréotypes c'est toujours agréable !

Quoi qu'il en soit, de retour à la maison, Paul s'est lancé dans des tuto de tricots, a réussi à retricoter le bout de sa manche et à l'assembler au reste du pull grâce au fil gris qui a été ensuite remplacé par du bordeau. C'est rien de dire que j'étais impressionnée !

J'avoue, je confesse, quand Paul m'avait confié vouloir détricoter toute l'avant manche et la refaire j'étais plutôt sceptique. Ho, femme de peu de foi ! Mais voilà, Paul est un pro. Depuis, il a même réparé les trous de mite de mes gants en laine… et c'est vraiment du travail de pro. Mes chaussettes attendent leur tour…

Le bus 29 vers le Plateau… Mais bon, toutes ces tâches ménagères et notre chez nous c'était bien sympathique, mais il fallait quand même penser à sortir et aller voir ce que Montréal propose ! J'ai donc cherché un petit concert pas cher dans un bar quelque part et nous prîmes le bus 29 pour aller de chez nous au Plateau ! Le « Divan Orange » nous conviait à un petit concert d'un groupe québecois type fanfare. Nous allions découvrir pour la première fois Montréal « by night ».

Émoustillés par toutes ces perspectives, nous sommes arrivés une grosse demi-heure à l'avance. Nous avons donc pu découvrir l'endroit désert et choisir une place de choix : une petite table idéalement placée dans un coin, juste devant l'ingénieur du son, pour voir sans être vu.

Évidemment, comme on pouvait s'y attendre avec un concert type kermesse, c'était un gros repère de youkous, en bois et qui sent la bière. Ce qu'on avait pas prévu, c'était le niveau de youkitude qui nous attendait… Le concert n'avait pas commencé depuis 10 minutes qu'une rasta girl fashion de friperie commençait une démonstration gymnagimique de fou !

Après avoir sauté sur la moitié de la salle pour leur faire des bisous, échauffement, une de ses copines est arrivée et elles nous ont offert un mélange de rock acrobatique et de portés de cirque d'un niveau technique assez élevé (il faut l'avouer).

Moi j'attendais le moment où, en seule personne clean, j'allais devoir me dévouer pour ramasser de la cervelle par terre, mais, à mon grand étonnement, à part avoir filé quelques coups de pied dans la tête des spectateurs, les filles se sont remises en position verticale avec toutes leurs parties au bon endroit, pas de bras tordu ou de face à la Picasso.

L'instinct de survie est vraiment une chose incroyable qui vous fait retomber sur vos pieds en toute circonstance. Quand même, à un moment y en avait une couchée par terre avec l'autre en équilibre sur ses avant bras et… Compliqué à décrire, c'était difficile de savoir à qui appartenaient les différents membres en question… Enfin soit ! Nous avons donc eu droit à une bonne bière, à de la musique du coin et à un spectacle de cirque. Une bonne première soirée à Montréal !

Mais comme nous sommes quand même rendus trentenaires (comme diraient les québecois !), le lendemain matin il nous a bien fallu un bon petit déjeuner en pyjama pour nous remettre de toutes ces émotions !

Le reste de la journée ? Recherche de boulot et tricot !

Trentenaires, oui, et fiers de l'être… Enfin, heureux. Enfin, trentenaires. C'est pas comme si on avait le choix !

Et puis sinon, élaboration de la salade de fin de frigo quand on a la flemme de faire les courses ! Ici, le gimgembre ne coûte rien, du coup on en met dans les salades. C'est un truc d'Aurore et d'Yves, nos hôtes Airbnb de Boston ! Légèrement rissolé c'est top !

Mais le temps passe plus vite que prévu et nous sommes déjà le 23 décembre ! Derniers préparatifs avant ce Noël à nous deux ! Paul va faire ses derniers achats tandis que je m'évertue à préparer un pâté de foie de veau pour pallier le manque de foie gras (qui ne rentre définitivement pas dans notre budget !). Mais j'aime les challenges et j'aime l'idée de me faire à l'idée de manger du foie, du vrai foie sanguinolant, pas ce met gras délicat et délicieux né de la gourmandise exacerbée de petits oiseaux.

Si cette description du foie gras en étonne certains, elle vient d'une longue réflexion sur le système scolaire. Parce que oui, s'il y a tant d'obèses consentants dans le monde (peut-être par ignorance), on pourrait certainement trouver des oies prêtes, elles aussi, à se gaver de leur plein gré. Par ignorance peut-être, mais les oies ne sont pas connues pour être très instruites. Et notre système scolaire n'est déjà pas toujours au top, donc on ne va pas commencer à essayer d'instruire AUSSI les oies, leur apprendre à faire les bons choix et ne pas manger chez Mac Do… Soit, je mangerai du foie gras revenue en Europe malgré les horribles images de Gaia qui nous assaillent depuis un mois. En espérant que le Paradis n'est pas tenu par des oies !

Sinon, pour le pâté de foie de veau, j'ai mélangé une recette de Ricardo (donc québecoise) et des recettes d'un peu partout ! J'ai décidé de suivre les bons conseils qui me disaient de mettre des pommes et du sirop d'érable et de cuire le tout au bain marie au four. Et puis suspens jusqu'au lendemain !

Paul est revenu des courses, moi j'avais fini les paquets et il a emballé les siens. On peut dire que nous étions fin prêts pour Noël à Montréal.

le jardin chinois de Montréal Comme on a eu droit à une super coupure d'Internet entre le 23 et le 26 — des dates de choix —, le 24 après-midi nous sommes allés au jardin botanique pour skyper et envoyer nos bons vœux de Noël en Europe, là où Marie était vraiment sur le point d'accoucher (alors que de notre côté de l'océan elle n'en était encore qu'aux toutes premières contractions. Enfin si Marie a eu des contractions ?)…

Soit, c'était assez inattendu mais bien agréable d'aller passer son 24 décembre après-midi dans un jardin botanique.

Le jardin chinois nous a offert un connexion suffisante pour téléphoner. Les promeneurs étaient juste un peu étonné de nous voir (et nous entendre) crier joyeux Noël…

Le ciel était bleu, il ne faisait pas froid. De quoi se mettre en appétit avec une petite marche ensuite !

Marcher plutôt que cuisiner, pour un 24 décembre, c'est une idée que je retiens !

Sur le chemin du retour, la lune était grande et magnifique. Nous avons longé le parc olympique, Pie IX, et puis la rue Ontario et ses décorations…

De retour à la maison, il était temps de commencer à fêter Noël. Je me sentais en plein « Ernest et Célestine fêtent Noël ». Celui où ils vont chercher un sapin dans la forêt, le décorent avec des guirlandes en papier, préparent des biscuits, mettent de la musique et s'offrent des cadeaux ridicules mais tellement mignons. Un de mes grands classiques !

On avait aussi de la musique, et les décos en papier c'était pour les cadeaux !

Pour l'apéro, une mousse aubergine et chèvre, parce qu'ici les aubergines ne coûtent rien, et que le fromage de chèvre est le plus abordable des vrais fromages. Et puis une mousse d'avocat, « parce qu'ici, les avocats ne coûtent rien, » mais surtout, ils sont à tomber par terre !!! Évidemment, en apéro, il y a aussi les cadeaux…

Chacun sont tour, on a déballé un cadeau… Et on s'est émerveillé ! Autant dire que l'apéro a pris un peu de temps ! Mais quand on est que deux, le timing n'a pas vraiment d'importance ! Après des bonnets, chaussettes, thé, jeux, livres… il était temps de passer à l'entrée et à mon fameux pâté. Que nous réservait-il ???

Oui, de fait, là on avait plu faim. Un point commun entre tous les petits privilégiés que nous sommes : ne plus vouloir manger après l'entrée de Noël.

Ma cassolette de poissons et coquillages nous attendait quand même, les petits épinards aussi, les nouilles au thé vert également.

J'ai fait de très jolis bols que nous n'avons mangé qu'à moitié !

Crevés et d'un commun accord, nous avons fait une pause pour le dessert… jusqu'au lendemain matin !

Pour se sentir un peu chez nous, j'avais quand même préparé une bûche à la crème au beurre. Ma première crème au beurre ! Ça goûtait bien Noël mais au petit déjeuner c'est quand même un peu lourd… Par contre, la cassolette à midi c'était top !

Le 26, pour digérer tout ça, nous avons décidé d'aller voir de plus près le Saint Laurent. Comme il est longé par de grosses industries un peu partout, nous avons dû marcher deux heures dans des parties de Montréal qui ne sont pas spécialement charmantes pour nous retrouver dans un petit parc le long du fleuve. La vue était jolie mais tant d'efforts pour cet endroit nous ont paru un peu démesurés.

Heureusement, sur le chemin du retour, nous avons eu des distractions. Et puis, une fois rentré, les fromages du repas de Noël (pas encore entamés) nous attendaient !

Tout ceci nous a mené, lentement mais sûrement, vers la neige et le nouvel an.

Au chaud chez nous… …ou dans la rue chez le Grinch

Et puis un matin, au réveil, c'est la neige !

On regarde par la fenêtre, mais la fenêtre est gelée…

Alors, comme d'habitude, on commence par déjeuner…

Un coup d'œil par la fenêtre, ça à l'air bien joli ! On décide de sortir, manteau/bonnet, on ouvre la porte et WAWWW, c'est comme dans les films ! un mètre de plus et on ne pouvait pas sortir de chez nous ! Mais bon, là il s'agit de 10 cm donc on enjambe et on descend l'escalier. Nous voilà dans la rue…

On dirait qu'il est temps que nous partions à la conquête de bons manteaux. Nous allons donc affronter une journée de shopping en ce 29 décembre !

Les petits fruits rouges des arbres ressortent d'une bien esthétique façon sur le blanc neuf de la neige. Paul, avec son grand manteau, aussi !

Notre rue dans la neige… La rue Aylwin est cachée sous de bons centimètres de neige et nous comprenons ce que « devoir pel­le­ter » signifie en ob­ser­vant les voitures des habitants, lit­té­ra­le­ment prises dans des murs de neige ! La so­li­da­ri­té vient avec l'hiver !

C'est ainsi que nous arrivons, lentement mais sûrement, au 31 décembre. Nos colocs organisent un nouvel an à l'appart, nous ne serons donc pas comme des parias pour le dernier jour de 2015 !

Nous nous réjouissons à l'idée de vivre un passage à 2016 cent pour cent québecois. Ca nous aurait fait bof de fêter ça dans un quelconque restaurant…

Pour l'occasion j'ai décidé de préparer des petits chous d'apéro… et puis des chous pour le dessert : thé vert et framboise/sirop d'érable. Oui oui !

Une fois les mets préparés, on va se promener dans notre fidèle jardin botanique et laissons champ libre à Mélissa pour préparer l'appart !

Au retour… la fête peut commencer ! Des jeux, des bonnes choses à manger, des gens sympathiques et des fusées brillantes ! Tout ce qu'il faut pour bien entamer 2016. Par contre, pas trop d'alcool pour Paul et Sébastien qui ont déjà bien fêté le 30 janvier pendant notre soirée jeux de société !!

J'allais oublier les cadeaux « Pour que Madame soit contente » comme disait l'invitation Facebook. Mélissa, qui a reçu un pied à selfie, nous a fait quelques photos :

À nous 2016 ! Bonne année à tous !

Couchsurfing rue d'Orléans Les Saveurs du Plateau