Ce matin, 15 juin, nous nous réveillons face au Saint-Laurent. De fines gouttes tombent sur le camion, l'eau du ciel et de la rivière sont toutes deux grises, pareilles ! Qu'à cela ne tienne, je me lève et décide de nous préparer un bon thé pour bien commencer la journée, et donner à l'eau la couleur que je décide !
Nous sommes toujours sous notre abri de bois, parqués entre la rue principale et le fleuve. Les passants courageux et emmitouflés nous regardent avec curiosité. Il n'y en a pas tant que ça…

Mais parmi ces quelques badauds mouillés, un, particulièrement, va nous devenir plus familier : Jules !
Longeant la route de long en large car il a perdu les clés de sa voiture de location et doit retrouver des amis et attendre le réparateur, etc. Son histoire compliquée lui laisse du temps à tuer : il décide de le passer avec nous. Notre camionnette l'intrigue, nous lui faisons visiter nos aménagements.
Nos quelques et maigres récits d'aventures déclenchent en lui une avalanche de récits aux quatres coins du monde, épiques et amusants. Jules est ingénieur-aviateur-eau-et-forêt-à-la-retraite-mais-on-l'-appelle-encore, c'est tout un concept. Jules est aussi ferru d'histoire, il nous raconte quelques anecdotes québécoises amusantes et nous donne sa carte au cas où nous repasserions à Québec pour une visite historique de la ville. C'est que tout le thé a été bu et plus de deux heures se sont écoulées depuis qu'il s'est attablé avec nous ! Salut Jules, à Dieu ou à Québec ! Ta carte est précieusement rangée dans les affaires de Paul !
Nous reprenons donc la route. Au revoir Sainte-Anne-des-Monts que nous ne regretterons pas beaucoup, au revoir le Saint-Laurent, que nous regretterons bien plus. Il est temps de quitter le fleuve et de nous enfoncer dans les terres ! Nous avons décidé, malgré le temps gris et maussade, de suivre notre plan et d'aller visiter le parc de la Gaspésie. Gris, gris sont les nuages, mais le paysage est sublime. Après le plat pays, nous sommes vraiment heureux de voir se profiler les montagnes de Gaspésie.
Arrivés au parc, bonne surprise, il ne pleut pas. En plus, une superbe exposition sur la géologie ainsi que la faune et la flore de la Gaspésie nous attend ! Nous apprenons alors pêle-mêle que les montagnes que nous nous apprêtons à gravir font partie de la chaîne des Appalaches, chaîne qui continue en fait en Ecosse et Scandinavie après leur sommets américains ! Nous découvrons qu'un sapin de même âge, poussant à différents étages alpins, ne grandira pas du tout à la même vitesse. Nous retenons que les petits bois appartiennent au cerf, les grands plats à l'orignal et les majestueux au caribou !
Le temps passe vite en compagnie de panneaux ludiques, l'heure est pourtant venue de choisir une randonnée si nous voulons admirer le paysage avant la nuit. Nous décidons d'aller découvrir le lac aux Américains, nommé de la sorte car un groupe d'américains s'y rendant avait été tellement enthousiaste et lyrique à propos de la beauté du lac qu'on décida de lui donner leur nationalité !
Mais… pour découvrir cette merveille, il faut atteindre le parking du début de randonnée. Commencent alors pour moi de grands moments de sueurs froides. La route cabossée et non recouverte me fait craindre pour les pneus de notre destrier à chaque instant. Tandis que je m'accroche à la poignée, Paul roule confiant, parmi les tournants, mais moi je prie tout ce qui peut-être prié pour qu'un gros caillou ou un gros trou n'attaque pas notre chère maison à roue !
La voiture finalement parquée, nous pouvons commencer la randonnée. Je ne mets que 10 minutes pour m'en remettre, très vite distraite par ces beaux paysages de Fagne. La rivière, et puis le lac. Les américains sont probablement venus se promener un jour de grand soleil, car si ce lac au milieu des montagnes me fait penser au Morskie Oko, je n'en serai pour autant pas lyrique. Le soleil a ses charmes que la pluie ignore ! Oui, une beauté une peu mystérieuse et secrète, mais bon, avouons-le, les eaux turquoises c'est plus vendeur que différentes teintes indéfinies entre le noir et le brun. Oui, oui, je sais, la pluie c'est tendance et les nuances de gris aussi. Il n'empêche que le couvercle de nuages qui se reflète dans les eaux n'inspire pas la rêverie sans fin des jeux de glaces du ciel bleu et de ses profondeurs aqueuses.
Une petite barre de céréales après ce premier effort, qui avouons-le, n'en était pas un ! Nous n'avons même pas encore marché deux kilomètres !
Il est trop tard pour partir randonner dans un autre coin, nous décidons donc de gravir la montagne que nous voyons à notre gauche, et qui semble offrir un beau point de vue.
Après notre petite ballade du dimanche vers le lac, les choses sérieuses commencent ! Il ne reste plus beaucoup d'heures avant que le soleil ne se couche, mais je vois bien que Paul a des fourmis dans les jambes.
Je me laisse convaincre et nous entamons la montée à pic !
Au fur et à mesure que nous nous élevons, la vue est de plus en plus belle, mais le temps est de plus en plus laid !
Il fait un froid de canard et alors que nous atteignons le sommet, un large brouillard, intense et mouvant, nous cache la vue. Nous nous contentons d'admirer les paysages admirables suivant la danse du brouillard, et photographions plus vite que notre ombre les vues qui se dégagent puis se bouchent à nouveau. Le froid est piquant et franchement pas timide. Il nous rappelle des sensations sur Camels Hump. Nous redescendons…

Il fait presque nuit, la randonnée est finie, mais une sacrément belle surprise nous attend encore. Sur le bord de la route, nous surprenons deux orignaux broutant l'herbe tranquillement. Avec de « sacrées têtes d'ahuris, » comme les décrit parfaitement Paul, les deux pauvres animaux redoublent d'efforts pour essayer de se dépêtrer de leurs longues pattes toutes emmêlées et de rentrer dans la forêt.
Leur chaos est tel que nous avons largement le temps de les observer, et spécialement leur derrière ! C'est la première fois que nous croisons ce grand symbole du Canada, nous sommes ravis, notre journée est définitivement une réussite.
Je vois encore leur grande tête difforme et cartoonienne, leur grand air de clown involontaire, et leurs pattes, leurs pattes… qui n'en finissent pas de se mélanger.
Sur la route, le long de la rivière, des habitués pêchent le saumon. Nous aurons vraiment eu droit à tous les spectacles !
Arrivés à notre étape du jour, New Richmond, nous découvrons à l’entrée de la ville le plus bel et le plus perdu des offices du tourisme où on soit allé. Paul branche nos ordis, côte à côte, à la prise qui doit servir au jardinier.
Nous cuisinons, dans le plus grand effet gastronomique, nos saucisses knacki en promo et notre sac de légumes congelés. Le festin plait aux moustiques qui nous envahissent, mais perdent rapidement la vie dans les lueurs bleues du brûleur à gaz.
De l'électricité, du wifi, un coucher de soleil rougeoyant, des tables, une paix royale… Nous ne chercherons pas plus loin pour ce soir !