Jeudi matin, c'est le jour d'aller approfondir la région des Fingers lakes. Sous les bons conseils de Jim nous allons partir faire le tour du lac. 10 km de périmètre, voilà qui va nous permettre de nous dégourdir les jambes.

Préparation des sandwichs, la gourde, les biscuits, les mandarines, les jumelles !!! Nous sommes prêts à partir. Nous reprenons la voiture et entamons une route que nous commençons à bien connaître ! Premier lac touristique autour duquel de petites habitations profitent de la magnifique vue, Hemlock lake à qui nous avons rendu visite hier et puis nous y voilà, troisième lac, celui de nos désirs: Canadice lake.

Le penseur s'interroge On se parque, quelques pas et le lac est déjà là, s'offrant à notre regard.

Nous décidons de ne pas suivre le chemin dans les bois mais de longer le lac sur les pierres. Le petit soleil du matin est là et ce serait dommage de ne pas en profiter !

Tout est là, le ciel bleu, le soleil, les couleurs d'automne, un lac magnifique à perte de vue, la nature, la paix !

Devant tant de beauté il faudrait s'extasier et comme Barbara devenir lyrique et chanter :

Est-ce la main de Dieu
Est-ce la main du Diable
Qui a tissé le ciel
De ce beau matin-là
Lui plantant dans le coeur
Un morceau de soleil
Qui se brise sur l'eau
En mille éclats vermeils
Est-ce la main de Dieu
Est-ce la main du Diable
Qui a mis sur la mer
Cet étrange voilier
Qui pareil au serpent
Semble se déplier
Noir et blanc, sur l'eau bleue
Que le vent fait danser
Est-ce Dieu, est-ce Diable
Ou les deux à la fois
Qui un jour s'unissant
Ont fait ce matin-là?
Est-ce l'un, est-ce l'autre
Vraiment je ne sais pas
Mais pour tant de beauté
Merci et chapeau bas

Mais rien, pas d'explosion d'admiration ou de joie. C'est joli.

Sommes-nous déjà blasés ? Est-ce déjà le mal du pays ?

Assis sur notre rocher, on s'inquiète de ce manque d'entrain ! Je devrais sauter partout, crier, répéter sans fin: "E troppo bello !"

Finalement, on comprend : c'est trop facile ! D'habitude, en Europe, on aurait gravi une montagne, marché 15 km, sué sur la route pour finalement arriver à cet endroit de paradis sous la pluie. Mais ici, tout est toujours facile, on parque la voiture et on y est ! C'est du tout cuit. Ha... le bonheur de souffrir un peu ! Le plaisir d'avoir l'impression qu'on a mérité quelque chose. Quelle réflexion luxueuse, quelle préoccupation de petit favorisé, quel égocentrisme romantique ! Mais "on ne choisit pas, ça arrive" !

Heureusement, après avoir remis un peu d'ordre et de perspective, après avoir un peu relativisé, bien conscients de la bêtise de ces réflexions et de notre chance incroyable, nous abandonnons ces impressions sur le chemin, et commençons enfin à apprécier à sa juste valeur le lieu ! Et que nous offre alors en récompense ce paradis ? Un peu de gymnastique et d'effort !

La suite est magnifique et amusante. Nous longeons le lac sur ses bords, rampant ou escaladant quand les arbres nous barrent le chemin avec trop d'entrain. Nous prenons nos réserves de vitamines D pour le long hiver qui nous attend, on admire les oiseaux, les tamias, les feuilles, les arbres... A croire qu'on était juste mal réveillé l'heure précédente !

Au bout de pas mal de gymnastique, on finit par capituler ; de toutes façons maintenant le soleil est assez haut dans le ciel et il atteint notre chemin entre les arbres.

Nous continuons notre route et peu à peu le paysage change. Une sportive nous dépassant en courant : je sursaute en pensant entendre un sanglier sortir des bosquets ! Ce n'est qu'un jolie petite jeune fille blonde avec des baskets qui s'amuse de notre air étonné. Il faut dire que nous n'avons plus vu d'humain depuis plusieurs heures !

Nous arrivons dans la partie marécageuse du lac. La pointe se dessine : c'est l'heure du dîner ! Sur un petit banc qui semble posé là juste pour nous, nous pique-niquons comme deux "sous-préfets aux champs" mâchant des violettes.

Nous voilà repartis, à la découverte de l'autre côté du lac. Cette fois plus de petit chemin bucolique, mais la route ! Mais quelle route : longée par le lac, les bois, et des demeures invraisemblables, des gazons immenses entretenus comme des golfs, des constructions isolées qui font rêver !

Un petit chemin nous propose de rebifurquer vers le lac, nous n'hésitons pas ! Et là de nouveau : spectacle enchanteur ! Le lac est plus découpé de ce côté, avec le soleil de midi c'est magique.

Cachée derrière les feuilles, une petite plage, et sur cette petite plage, un très grosse dame ! Est-elle jeune ou vieille ? En tout cas elle a une canne, mais vus tous ses kilos il y a de fortes chances pour que ses problèmes de déplacement ne soit pas spécialement causés par le temps qui passe !

Une lumière... Ses jambes semblent ne pas vraiment déplacer son corps, et je me prépare à tout moment à devoir aller l'aider à se relever après la chute qui me semble inévitable. Mais elle trouve un tronc d'arbre et s'assied pour prendre le soleil. Paul qui chipote aux piles et au GPS est encore loin. Elle entame la conversation.

Ouf ! Je comprends !

En fait, cette dame, toute de noire vêtue, avec son training, ses grosses bagues en argent et ses tatouages, est la propriétaire des lieux. En tout cas elle m'informe qu'elle vit un peu plus haut et qu'elle considère cet endroit comme "sa plage". Elle a bien raison, et je ferais de même si j'étais de la région. Un point commun, ça y est, elle me semble sympathique et j'ose quelques questions ! Évidemment, comme toujours vu notre accent, notre amie de promenade nous demande : "Where are you from, you, folks ?" et s'ensuit un échange amusant à propos de la rigueur de l'hiver dans la région, de sa maman professeure, d'une française venue en échange 20 ans plus tôt, de sa fille qui voyage en Arizona et est bien contente que là-bas le cannabis soit légalisé.

Elle a en fait un très joli visage, plein de sympathie et d'intelligence. Le corps ne fait pas le moine.

Après de grands au-revoir nous reprenons notre tour. Il commence à être tard, la lumière devient terriblement jolie, comme chaque soir !

Nous finissons notre tour, rencontrons une mamie et son mari. Nous traversons le barrage et croisons deux photographes amateurs. Il y a un couple qui pêche, il y a un petit chien qui jappe. La lumière s'en va and so do we!

Hemlock lake Pittsford