Il est 20h50 le samedi 3 octobre sur le ship ISA et je rentre du pont où un immense marin polonais (après de larmoyantes embrassades à son capitaine) m’a fait tourner au son du rock’n’roll des années 70 tandis que Paul boit de la vodka dans la cabine E. J’espère ne pas avoir à chercher où elle se trouve et en attendant que mon demi-polonais ne retrouve la cabine je retrace cette longue journée.
J’ai rarement été matinale aussi facilement. C’est le deuxième jour que nous changeons d’heure et il devient du coup assez facile de se lever à 6 heures du matin. On tourne dans sa couchette depuis une demi-heure déjà et le roulis des vagues donne envie de se dégourdir les jambes. Paul n’a pas été long à convaincre et nous voici à la proue du bateau, mixant respiration étirement yoga gymnastique et contemplation.
Avec tout ça il n’est toujours que 7h30, je prends donc ma deuxième leçon de ping-pong… Je ne suis pas vraiment meilleure et notre partie prend parfois des airs de squash, nos balles rebondissant sur les murs de la petite cabine. L’heure du déjeuner sauve Paul et nous voici à souhaiter à Tjerk un joyeux anniversaire. Petit déjeuner copieux (polonais !) et discussion autour de nos 19 ans respectifs. De nous 4, personne ne se souvient exactement de la manière dont il a fêté cet âge… mais nous nous souviendrons tous des 19 ans de Tjerk.
Les nuages se dispersent, le soleil apparaît, et puisque cette journée a commencé de façon si active, je décide d’aller m’installer devant notre cabine dans le transat. J’entame une pièce de Ionesco pensant rire, mais je me rends compte rapidement que ce ne sera pas très drôle. Rien à voir avec La lenteur de Kundera que j’ai dévoré en une matinée et qui est un grand n’importe quoi merveilleux. Sylvain Tesson l’a dit, quand on voyage il faut bien choisir les livres qu’on emporte, et ne pas prendre que des choses sérieuses….
Heureusement, assez rapidement, la vie du bateau fait diversion et je vois arriver nos amis voyageurs et un homme d’équipage qui commence à lancer un feu dans un barbecue construit pour l’occasion dans une barrique de produit chimique… Il nous explique que si le bateau tangue c’est parce que le beau temps a calmé la surface de l’eau mais qu’une tempête a dû passer peu de temps auparavant. Il vient d’une petite ile proche de l’Allemagne et son père était marin. Il parle un anglais qu’il n’a pas appris à l’école mais qui est très convaincant.
Je pense à ce propos que Paul doit être en train de parler polonais mieux qu’il ne l’a jamais fait, thanks petite eau.
Nous sommes en grande conversation mais Tom nous appelle de deux étages inférieurs pour nous dire qu’on peut venir voir les machines. On se retrouve dans une pièce pleine de boutons et de bidules électriques et ça fait un bruit d’enfer.
Ensuite c’est le tour de l’insubmersible. Notre marin doit vérifier si tout fonctionne. Il nous propose alors super gentiment de rentrer dedans. On a l’impression de descendre dans un sous-marin spatial. C’est plus qu’impressionnant. Il est déjà en position pour être lâché dans l’eau et nous nous retrouvons dans une posture plutôt inhabituelle. Le genre de capsule dans laquelle on s’entraine à s’habituer aux changements de gravitation ou un truc du style. Ensuite ce sont nos amis dauphins qui viennent nous faire le cadeau de leur visite et je fonce à l’avant du bateau pour les voir jouer à la course avec le bateau. C’est l’heure du diner dans notre routine, il est midi, à table.
Le cuistot a préparé trois immenses cakes pour Tjerks. De quoi manger du gâteau jusqu'à épuisement. C'est un savant montage de génoise, de chocolat, de crème, de cerises...Enfin une pièce montée digne des plus grands anniversaires. De quoi donner une sacrée crise de foie à notre jubilaire et à tout l'équipage! Il y a des banderoles de toutes les couleurs pour son anniversaire, du vin et des biscuits polonais à sa place. C’est vraiment une ambiance festive et lorsque tout l’équipage se met à chanter Sto lat, on a tous l’impression que c’est notre anniversaire !
L’après-midi c’est sieste et lecture, et heureusement vu ce qui nous attend à 17h30… LE BARBECUE! Notre équipage s'affaire tandis qu'indolemment nous profitons du soleil. Des tonnes et des tonnes de viande, une grande table dressée sur le pont supérieur, de la musique des années 60/70, de la bière… la fête !
Tout a été préparé dans les moindres détails. On dirait que pour les polonais, l'anniversaire d'un de leur passager ou de la reine d'Angleterre requiert autant d'attention. La vie sur le bateau aujourd'hui n'a semblé tourner que pour ce barbecue. Finalement tout le monde peut profiter de la fête, on est samedi soir, c'est congé pour l'équipage et Paul peut enfin essayer de discuter en polonais !
Il a tellement bien discuté que je l’attends encore, mais je vais reprendre mon livre, et laisser là mon récit.