Les journées se suivent et ne se ressemblent pas, pourtant nous avons perdu toute notion du temps. C’est peut-être lundi mais ce serait dimanche ou mardi que je n’en mettrais pas ma main à l’eau. Idem pour l’heure, en quelques jours nous avons déjà changé trois fois. « Time is an illusion, diner time is a double illusion ». La gravité elle-même semble nous jouer des tours, elle nous écrase au sol ou nous fait décoller dans les escaliers, mes jambes n’ont jamais été aussi pesantes et aussi légères. Faut-il encore expliciter que nos repères spatio-temporels sont légèrement saccadés ?
La nuit du 3, le roulis (et la vodka pour Paul) nous a totalement empêchés de dormir. Le capitaine a parlé d’un ouragan qui se serait levé dans les Bahamas, aurait perdu un cargo de notre style dans les profondeurs des éléments et remonterait vers nous. Depuis on tangue, on tangue, on tangue…et les meubles dansent. Mais ils dansent bien comme il faut, énergiquement et dans tous les sens. Nous avons dû mettre les tasses avec nos chaussettes, nos téléphones dans nos chaussures, les chaises à l’envers, et bien nous accrocher dans notre couchette. Ça tangue, ça tangue… Du coup hier l’activité principale a consisté en récupération du temps de sommeil de la nuit blanche. On a dormi de 9h00 à 14h00, puis on a regardé un film plutôt incompréhensible et joué au rami. Grosse journée !
Finalement, à 17h00 (mais avec une impression de 19h00) nous sommes descendus fièrement au souper, bien affamés puisque pendant le diner nous dormions. Étonnant il n’y avait personne. L’équipage avait-il survécu à la houle ? OUI… à vrai dire ils buvaient la bière-médicinale-contre-houle dans leur cabine en attendant le souper de 17h30 ! Flânant dans les couloirs, nous nous sommes fait alpaguer par Mickael et Carol, et c’est Ewa qui nous a ensuite rejoints. Après le souper nous avions ordre d’aller les retrouver et ce qu’un polonais offre, nul ne peut le décliner ! Nous avons donc bu des bières, essayé de parler polonais, découvert le château de Malbork ainsi que le port de Gdansk.
Cette nuit la mer a été déchaînée comme jamais. Le capitaine a finalement capitulé devant les évènements et a changé de direction pour qu’Isa affronte les vagues de plein fouet et ne ballote plus de droite à gauche suivant un angle plus que vertigineux. Sur le pont une aiguille indiquait 30 degrés. Quand on dit qu’une chambre est sens dessus dessous, c’est qu’on n’a jamais vu une cabine de bateau après la houle !
Mais bon, nos corps prennent le pli. Nous avons appris à manger, boire et dormir juste ce qu’il faut pour ne pas se sentir trop mal. Depuis le pont on observe nos trois grues affronter l'océan qui cache bien son jeu. Les officiers se suivent et ont l’air plutôt confiants depuis notre nouvelle direction plus au nord, nous sommes donc rassurés. Le pont est composé de deux bureaux remplis de boutons et de machines dans tous les sens, les radars nous renseignent les bateaux (rares) qui nous approchent et les jumelles nous permettent de nous donner de plus fortes impressions quand nous sommes en manque d’adrénaline.
Jusqu'à présent, nous n'avons pas accédé au pont principal, mais c'est dorénavant d'ici que nous glânerons nos informations sur la marche du voyage.
Les officiers s'y relayent jour et nuit pour relever notre position à intervalles réguliers, et sont toujours prêts à répondre à nos questions.
Nous apprenons à déchiffrer les indications des divers appareils disponibles, et d'ici nous pouvons voir l'horizon bouger, ce qui nous aide à supporter le mal de mer.
Bref, ce lieu devient peu à peu notre repaire !
Nos coéquipiers de bateau sont toujours aussi sympathiques, nous allons bientôt aller les retrouver pour le repas de midi. Comme d’habitude le chef nous aura préparé une petite soupe polonaise dont il a le secret, un repas conséquent voire plutôt bon et un fruit, exquis, sorti du frigo, qui ne nous a jamais semblé aussi bon que sur ce bateau !
Oui la syntaxe est malmenée, mais pensez qu’elle est en adéquation avec nos repères saptio-temporels, et si elle vous a un peu donné le mal de mer, c’est que vous êtes avec nous sur le bateau.