Après tant de proximité et de diversité sur le Saint Laurent, nous voici de nouveau pratiquement en pleine mer ! Il va nous falloir 10 heures pour traverser le lac Ontario et nous n'apercevons déjà pratiquement plus les côtes. Nous croisons les doigts pour ne plus essuyer de tempête et admirons l'immensité aqueuse !
De nouveau, c'est entre Isa, les éléments, le pilote et nous. Un sunset de dieu le père et un vent du feu de dieu nous rappellent qui est le plus fort ! Dans le soleil couchant, l'écume des vagues crée contre Isa autant de gouttes d'or qu'un roi persan en commanderait à ses courtisans.
Tant de poésie flottant dans l'air du soir, nous décidons de redescendre sur le pont inférieur pour un tournoi endiablé avec Tom et Stephan au kicker. Depuis que la surface de l'eau a retrouvé un peu de sérénité, nous ne manquons pas une occasion d'aller éprouver notre équipe sur le terrain ! Paul ne laisse passer aucune balle, moi j'arrive à atteindre le goal une fois sur dix, si bien qu'après une lutte acharnée, nous gagnons la plupart du temps. Nous reposant sur nos lauriers, Tom et Stefan finiront par nous battre en 3 matchs.
Le lendemain matin le lac Ontario est derrière nous. Nous sommes à l'arrêt dans une écluse à deux couloirs.
D'autres écluses nous attendent encore, il faut bien rivaliser avec le Niagara. A chaque fois, Isa se faufile dans un couloir à peine plus large de 10 centimètre qu'elle grâce à la dextérité du pilote. Tous les hublots inférieurs sont alors dans le noir complet, obstrués par les murs de l'écluse, et le cargo se transforme en sous marin de terre. Ensuite ça grince, ça arrache la peinture (ou c'est la pédicure), ça raye la coque et au bout de longs bruits sourds, nous sommes 20 mètres plus haut, et les grandes portes s'ouvrent. Sur le pont c'est une autre expérience : c'est vraiment amusant de voir 20 000 tonnes de bateau être soulevées comme si de rien n'était!
Une fois toutes les écluses passées, nous arrivons finalement à la dernière étape : le lac Érié. Le coin est joli et sauvage, il y a des sortes de plages, et nous savons que demain matin, lorsque nous nous réveillerons, nous serons le long d'un quai à Cleveland, prêts à débarquer. Dernier souper donc (avec le pilote qui nous parle fort, de football américain, autour d'une tranche de saumon), dernier kicker (et victoire de Tom et Stephan), et dernier verre (dans notre cabine de luxe avec nos compagnons de voyage). Demain, à 6 heures, tout sera joué. Il n'y aura qu'à attendre le passage de l'immigration, et à nous Cleveland !
Tandis que Paul admire le paysage, moi j'écris bien sagement mes articles en pensant que bientôt nous retrouverons du wifi et qu'il faudra mettre le site en ligne !